ACTE TROISIÈME
ROBERT
Ici, chez moi, chez moi!
DRIAC, viveiiuiit.
Tu ne lui parleras pas, tu ne l'approcheras pas d'elle, lu ne la regarderas pas. Je serai toujours là, devant toi, je no te quilterai pas d'une semelle. Voilà })Ourciuoi je suis venu le premier, avant que les bougies soient allumées, et je m'en irai le dernier, quand elles seront éteintes.
ROBERT, soui-iuiit.
Poltron !
BRIAC
Tu es brave, toi, parce que tu ne vois pas le danger.
ROBERT
Tu crois toujours que je ne saurais pas dissimuler. Qu'aurais-je donc appris dans la diplomatie? Je n'ai pas mémo prononcé son nom. (Avec une joie contenue.) Et pourtaut je le connais. Elle s'appelle Christiane!
BRIAC
Sois prudent, je t'en supplie.
Je te promets de Télre.
BRIAC
Songe qu'elle a dix-sept ans, qu'elle fait son entrée dans le monde, quelle est très en évidence, que bientôt peut-être il s'agira de la marier.
ROBERT
Certes elle se mariera ; clic épousera celui qu'elle aime.
BRIAC, étonné.
Celui qu'elle aime !
ROBERT
Oui, Henry de Kerhuon, le fils du marquis de Kcrhuon.
220 CHRISTIANE
BRIAC, Ktunéfuil.
Comment ?
nOUERT.
Ils s'aiment tous les deux, tu ne savais pas cela, je le sais, moi. Ils se sont trouvés ensemble aux Pyrénées, et ils devaient se sentir attirés l'un vers l'autre ; Henry do Kerhuon est charmant.
BRIAC
Tu le connais ?
ROBERT
Son père a été le meilleur ami du mien, et j'ai entendu parler du fils par un jjrave garçon que le marquis m'avait recommandé à Lima. Mais je ne connaissais pas Henry ; je l'ai vu ce matin.
Ah!
ROBERT
J'ai voulu le voir. — Il ne se doutait pas que je l'étudiais. — Nous avons parlé de ma nièce Adrienne, qui est si gentille et si bonne ! — et des amies de ma nièce. — Ce n'est pas moi qui l'ai nommée, — c'est lui. Si tu savais ce qu'il y a de respect, d'enthousiasme, de tendresse dans la façon seule dont il prononce son nom ! Alors, moi, je lui ai raconté, tout ému comme lui, ce qui s'était passé boulevard des Capucines ; j'ai cru qu'il allait me sauter au cou. Et en sortant il m'a pressé la main avec elïusion. Comme il l'aime ! 'Voilà bien le mari que je veux pour Chrisliane.
BRIAC
Tu veux !... Tu veux !... Ce mariage rencontrera peut-être des obstacles.
ROBERT
Lesquels ?
BRIAC
Je ne sais pas, moi, — je dis peut-être. Elle aime M. de Kerhuon ! D'abord, est-ce bien sur?