‹ Théâtre complet [de] Edmond GondinetChapitre 211 sur 352 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

ROBERT, vivement.

C'est impossible, cela ne sera pas.

ADRIENNE

Tu vois, mon oncle s'y opposerait.

CHRISTIANE

Vous me conseilleriez donc de résister à mon père?

ROBERT

M. Maubray ne peut pas vouloir vous marier contre votre gré.

CHRISTIANE

Il désire beaucoup ce mariage, il m'a donné ses motifs.

ROBERT

Que lui avez-vous répondu?

CHRISTIANE

.Je n'ai pas pu répondre. Je me suis sentie comme frappée au cœur. — Il ne s'en est pas aperçu. — Et il a ajouté : « On avait parlé pour vous de M. de Kerbuon; ne vous laissez pas aller à ce rêve; M. de Kerbuon n'épouserait pas la fille d'un banquier. »

ROBERT

Il VOUS a dit cela?

Et ce matin, en revenant à moi, j'ai compris qu'il avait raison.

ROBERT

Raison !

CHRISTIANE

Pourquoi Henry n'était-il pas au bal ?

ROBERT

Parce qu'il vous regarde déjà comme sa fiancée.

CHRISTIANE

Parce que son père lui avait défendu de me voir.

ROBERT

Vous vous trompez. Le marquis...

284 CHRISTIANE

CHRISTIANE, l'interrompant.

Le marquis vous a demandé si un Kerhuon pouvait épouser mademoiselle Maubray.

ROBERT

Comment?...

CHRISTIANE

Mon père me l'a dit, et vous voyez bien qu'Henry n'est pas là aujourd'luii, quand je souOre.

ROBERT

Oh ! ne l'accusez pas.

Je ne l'accuse pas. Je comprends qu'il fasse avant tout ce que désire son père. Je comprends qu'il ne demande pas ma main ; mais alors, pourquoi m'a-t-il dit qu'il maimait ?

ROBERT

Ne doutez pas de lui : il est en ce moment ce qu'il était hier, ce qu'il a toujours été. Lui non plus, il ne veut pas que vous soyez à un autre.

CHRISTIANE

L'idée que je pourrais être la femme d'un autre ne m'était jamais venue; elle ne me vient pas. Je n'épouserai personne. — Et voici ce que je venais encore vous demander : Quelle était la fortune de ma mère ?

Sa fortune?

CHRISTIANE, se levant.

Elle n'avait rien ! — Je com[)ronds ce que mon père a

voulu me dil'e. Je n'ai rien. (Avec douleur, s'Oloignanl (le Robert.)

C'est gi'àce à sa générosité que je me crois riche depuis mon enfance et que j'ai pu être bonne pour les autres quelquefois i — Connncnt voulez-vous que je n'obéisse pas à mon père? Je lui dois tout.

ROBERT, allant à elle*.

Vous ne devez rien à personne. N'étes-vous pas le bonheur,

* Robert, Chiisliîino, Aflrionnc.

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