‹ Théâtre complet [de] Edmond GondinetChapitre 3 sur 352 · AVANT-PROPOS. III · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. III

neufs. Ce fut du délire. A partir de ce jour les gamins d'Athis durent s'inscrire pour faire sur la route d'Ablon, sous la surveillance d'un cocher fidèle, des parties d'ânesse qui devinrent leur tour du lac. Us avaient joliment oublié l'objet de leur mission.

Après les enfants vinrent les parents. Les uns se présentèrent pour remercier. A ceux-ci M. René fit savoir qu'il était sorti. D'autres se présentèrent pour solliciter. M. René fit répondre que s'il s'agissait de faveurs ou de places, il ne disposait d'aucune influence, mais que s'il s'agissait de secours, sa modeste bourse leur était ouverte.

Cette réponse lui coula cher. Les demandes de dons affluèrent, et avec elles les demandes d'emprunts, bien plus onéreux que les dons. M. René accorda tout sans discuter, ce qui le fit passer pour un nabab.

tl dut bientôt installer une sorte de dispensaire dans le pavillon habité par son concierge. On y trouvait du bois, des vêtements et des provisions pour les pauvres, du vin de Bordeaux et des remèdes pour les malades .

M. René devint ainsi en peu de temps la providence du pays. Une vraie providence avec tous les attributs de ce rôle, car son infatigable générosité demeurait discrète et presque invisible. Les meilleurs d'entre ceux qui aiment à donner ne sont généralement ni trop affectés qu'on s'en aperçoive, ni trop désolés qu'on les remercie. M. René dissimulait sa charité comme un vice. Il faisait remettre et ne donnait point, se privant ainsi du plaisir de donner soi-même, qui est peut-être

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