IV AVANT- PROPOS
le plus délicat des plaisirs d'ici-bas. Il le ressentait sans doute, ce plaisir intime et exquis, car on l'entrevoyait parfois dissimulé derrière un rideau, le visage intéressé et ému, pendant qu'on soulageait quelque misère à la porte. Mais il se dérobait avec soin, comme s'il se fût défié d'une sensibilité dangereuse, incompatible avec son parti pris d'impénétrable réserve.
En dehors des enfants avec lesquels il s'égayait volontiers, M. René n'adressait la parole à personne.
On finit à Athis par s'accoutumer à cette bizarrerie. La curiosité s'émoussa avec les années. M. René était décoré, avait des moustaches, l'allure martiale. On en conclut, d'un commun accord, que ce devait être quelque officier supérieur en retraite, officier très riche, plus original encore que riche, et plus bienfaisant encore qu'original. On ne s'occupa plus de lui, que lorsqu'on en eut besoin. M. René n'en demandait pas davantage.
Celte réputation d'officier lui valut une assez plaisante aventure. C'était en automne, pendant la période des grandes manœuvres. Un bataillon avait été cantonné à Athis, et M. René logeait un certain nombre de militaires. Après le dîner, un dîner au Champagne, car M. René, en sa qualité d'ancien officier, paraissait adorer l'armée, on passa pour fumer dans la bibliothèque. La conversation était devenue familière et gaie. Soudain, un jeune sergent des Batignolles aperçoit sur une table un exemplaire du Panache.
« Ah! vous lisez le Panache, mon colonel? » M. René fait un geste de dénégation. — « Si, si ! vous