AVANT-PROPOS. V
êtes colonel, n'essayez pas de nier. Le maire m'a
dit, en me donnant mon billet: Je vous loge chez un
colonel. Vous y serez joliment bien. Vous entendez,
mes enfantS; Monsieur est colonel et un rude, à ce
qu'il paraît. Eh bien, mon colonel, puisque vous lisez
le Panache, convenez que c'est plus amusant que la
théorie... — Le fait est... — Seulement, voyez-vous
ces pièces-là, ce n'est rien de les lire; il faut les voir
jouer. L'avez-vous vu jouer, le Panache? — Non,
malheureusement... — Ah ! si vous aviez entendu
Geoffroy ! » Et le Batignollais aussitôt d'imiter Geoffroy.
Tous les soldats riaient, M. René plus que les soldats.
« Vous n'allez donc pas au théâtre, mon colonel?
— Jamais... — Alors, vous me permettrez de vous
offrir des places quand vous irez à Paris. Ne refusez
pas, elles ne me coûtent rien. Je connais la plupart
des auteurs. iVIa mère est ouvreuse au Gymnase.
Ainsi par exemple l'auteur du Panache, ce bon Gon-
dinet... » La figure de M. René prit une expression
d'inquiétude: — « Vous connaissez... — Gondinet !
si je connais Gondinet ! Comme je vous connais,
mon colonel, et même un peu plus, car ce ne serait
pas beaucoup dire. 11 est si gentil, Gondinet. Ma mère
en raffole. Et sa conversation ! un feu d'artifice ! C'est
dix fois plus amusant que ses pièces ! » M. René semblait
stupéfait. — « Je vous présenterai, mon colonel, si
vous le désirez... — Je vous remercie, dit M. René
doucement, je n'oserai jamais. » Puis, brusquement
sans qu'on sût pourquoi, M. René éclata de rire et
disparut, laissant le sergent un peu vexé.