AVANT-PROPOS. VII
des amis. Ce n'est pas exact. Il avait une ennemie terrible : sa bonté.
» Savez-vous pourquoi il fuyait Paris et se réfugiait à la campagne dans une retraite ignorée? Pourquoi, lorsqu'on parvenait à la découvrir, il s'empressait d'en changer? Pourquoi son frère, un autre lui-même, qui savait seul où il s'était réfugié, avait ordre de ne le révéler à personne ?
)) Parce qu'il connaissait trop son ennemie, et qu'il ne se sentait pas le courage de lui résister.
» C'était à Gondinet que les directeurs aux abois s'adressaient pour les tirer de peine. Et, en pareille circonstance, nomment pouvait-il leur refuser l'appui de son talent ?
» C'était Gondinet que les jeunes auteurs poursuivaient sans cesse pour lui demander un conseil. Et quand il avait lu leurs pièces, il les trouvait souvent si défectueuses, qu'il était bien difficile, au lieu d'un conseil, de ne pas offrir sa collaboration.
» Et s'il laissait ignorer sa retraite, s'il était toujours pressé d'y retourner, c'était moins pour éviter les importuns que pour se garer de son ennemie, sa bonté. Il ne pouvait se défendre de rendre service, et il espérait, en se dérobant, échapper à la tentation.
» Mais, avant de partir, il avait à parler à un directeur qui l'attendait. Il était absorbé par un jeune confrère qui le guettait. Aussi, quand il partait, avait-il pris des engagements que sa bonté l'obligeait à tenir. Et pour les tenir, il travaillait sans relâche. Il passait des nuits à écrire ses pièces et à refaire celles de ses