VIII AVANT-PROPOS
jeunes confrères. 11 a succombé à la tâche, elle était au-dessus de ses forces...
» Aussi Gondinet occupera-t-il une place à part dans l'hisloire du théâtre contemporain.
» La lutte est incessante au théâtre. C'est une bataille de tous les jours. Quelque arrivé qu'on soit, on a toujours à combattre un confrère qui vous barre la route. Quand ce confrère était Gondinet, on suspendait les hostilités. Il y avait trêve. »
Juste hommage rendu à celui dont la vie a été un long bienfait et dont les œuvres ont attiré la foule sans avoir recours au scandale.
C'était une surprise sans cesse renouvelée chez les amis et les collaborateurs d'Edmond Gondinet que le contraste qu'ils rencontraient entre le caractère mondain de son talent et les habitudes retirées de sa vie. Où l'auteur de Christiane, du Club, des Tapageurs, d'un Parisien puisait-il ces observations si fines et si subtiles qu'elles semblaient cueillies sur l'asphalte du boulevard? Qui lui fournissait ces tableaux si fidèles de nos salons à la mode ou de nos intérieurs bourgeois ? Il avait horreur de toute représentation, fuyait les soirées, les dîners, les fêtes. On ne le voyait jamais « dans le monde ».
Ici encore l'explication eût été facile.
Il n'est pas nécessaire d'aller sans cesse dans le monde pour le bien peindre. Jl suffit d'y être allé. Le
VANT-PROPOS. TX
« monde » ne se modifie guère, en effet, de quelque illusion qu'il se leurre à cet égard. Non seulement ses travers se transmettent par héritage, mais ses usages, ses modes, sa langue même changent peu. Loin de se sentir dépaysées dans l'atmosphère « fin de siècle » où nous croyons vivre, nos grand'mères, quoi qu'en pensent leurs petits-fds. y feraient très bonne figure. Le code mondain, — et il faut peut-être s'en réjouir, car c'est le code de la tradition française, — est le moins revisé et le plus durable de nos codes.
Si Edmond Gondinet n'allait pas dans le monde à quarante ans, âge où le théâtre le prit tout entier, il l'avait, au contraire, beaucoup aimé dans sa jeunesse. Grand, robuste, élancé, doué d'une figure agréable qu'éclairaient des yeux noirs pleins de flamme, il av.nt tout ce qui peut charmer : la simplicité qui attire, la bonté qui retient, l'esprit étincelant qui éblouit et subjugue.
On se souvient encore de ce Gondinet à Bordeaux, à Montpellier, à Limoges où son père avait résidé comme directeur de l'Administration des domaines. On s'en souvient aussi au Ministère des finances, où il passa les dix premières années de sa vie parisienne.
Puis, peu à peu, le théâtre l'avait conquis. A deux succès d'estime obtenus en 1S63 et 1865, au Théâtre- Français et au Gymnase (Trop curieux et les Victimes de V Argent), succédèrent d'éclatantes soirées : les Révoltées, la Cravate blanche, les Grandes Demoiselles, Gavaud, Minard et C'^, le Plus heureux des trois, Chrisliane, le Chef de Division, le Roi Va dit, Libres ! Gilbertet le Homard, le Panache (1875)..,