X AVANT-PROPOS
Ce fut l'heureuse période de sa vie. La collaboration ne l'avait pas encore envahi. Il travaillait beaucoup sans doute, mais il travaillait à ses heures, suivant son inspiration ou sa fantaisie. M. René existait déjà, mais un M. René maître de lui -môme, libre de s'évader de temps en temps de Paris ou d'Athis pour aller se reposer dans son cher Limousin, soit à Limoges où habitaient son père et sa mère, soit à Saint-Yrieix, berceau de sa famille. Parfois, M. René s'aventurait dans de lointains voyages. La mer, dont il avait la passion, en était invariablement le but. Il s'y rendait d'ordinaire par un moyen de locomotion assez étrange. Il avait fait construire une voiture de voyage traînée par trois poneys russes et dont l'aménagement intérieur lui permettait de travailler le long de la route. Il traversait ainsi la France à petites journées, sans plan arrêté, sans itinéraire, couchant dans les bourgs, évitant les villes, s'arrêtant parfois une semaine ou un mois dans un site qui le captivait. C'est ainsi qu'il visita la Hollande et l'Espagne.
C'est ainsi qu'un jour découvrant, près de Saint- Jean-de-Luz, une sauvage et admirable falaise, il l'avait achetée en passant, rêvant d'y bâtir plus tard un château. Un pavillon seulement y fut construit ; mais lo château attend encore. 11 était sans doute trop près de l'Espagne.
A partir du Panache, qui mit le sceau à sa réputation, la vie d'Edmond Gondinct, si douce jusque-là, devint peu à peu une sorte de servitude. La collaboration entre alors dans sa vie, s'installe dans son cabinet,