‹ Théâtre complet de Émile Augier (volume 2)Chapitre 114 sur 320 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

OCTAVIE

Ne lui a-t-on pas mis en tête que vous avez jadis été pour moi un ami... du premier degré?

d'estrigaud.

Quelle calomnie ! Vous avez nié ?

OCTAYIE.

Naturellement. Mais êtes-vous bien sûr qu'il ne vous soit jamais échappé uue parole imprudente ?

Jamais.

OCTAYlE.

Pas même au Champagne ? Interrogez bien votre mémoire. Je ne vous en voudrais pas: mais j'ai besoin de savoir à quoi m'en tenir là-dessus.

d'estri&aud.

Je n'ai que faire de m'interroger, ces hâbleries-là étant absolu ment antipathiques à mon caractère et à mes principes. Je les ai toujours tenues pour façons de croquant.

OCTAVIE

Si vous n'avez pas parlé et je n'en doute plus, mon secret est entre les mains d'un homme bien dangereux... Je n'ose pas me demander comment il l'a découvert 1

d'estrigauI).

Qui est-ce ?

OCTAVlÊ.

Le vieux précepteur du petit vicomte Àdhèmar, que von? connaissez, je crois.

d'estrigaud.

Le petit vicomte Adhémar ? On l'a présenté à mon cercle VI. «2

t)6 LIONS ET RENARDS.

OCTÀVIE.

M. de Sainte-Agathe est à Paris pour négocier le mariage de son élève avec Catherine.

Ah! ah!

OCTAVIE

11 a déjà mis mon mari contre vous à ce point que je suii chargée de vous fermer poliment ma porte.

d'estrigaud.

Et vous me la fermez ?

OCTAVIE

Jusqu'à nouvel ordre, du moins.

D*ESTR1GAUD.

Et vous passez à Tennemi?

OCTAVIE, aMÎM «or le «asapé à ganehe*

Non. Mais ce bonhomme me fait peur... il tient ma considération entre ses mains, et j'ai lu dans ses yeux qu'il ne reculerait devant rien poar réussir.

D'ISTRIGAUD, lèektBMiU

Si ce n'est que cela... moi non plus.

OCTAVIE

Que voulez-vous dire ? Vous me faites peur à votre tour.

D'eSTRIOAUD, reprenant le t<Hi graeieai.

Peur? De quoi me croyez-vous donc capable? Ah! ba* ronne!.. Pardon, madame la comtesse, de vous donner un titre que vous avez dédaigné.

OCTAVIE

Dédaigné? Me l'avez-vous oilert?

Yoas m'auriez bien reçu ! Quand la nouvelle de votre mariage m'est arrivée au fond de la solitude où je cachais mon désastre, je n*étais pas un parti présentable, je le reconnais. Et, lorsque mon nom est redevenu digne de vous, il étail trop tard pour vous Toffrir... Vous étiez comtesse; autrement, soyez sûre...

OCTAYIE, souriant.

Faut-lI que vous teniez à la main de Catherine 1

d'bstrigaud.

Ab ! parbleu ! vous auriez un moyen bien simple de m'y faire renoncer.

OCTATIE.

Lequel ?

d'est RIGAUD, •'•tfeyant près d'elle.

Ce serait de donner un peu raison à la jalousie du comte.

OCTAYIE.

Vous seriez bien attrapé si je vous prenais an mot.

d'estrigaud.

Essayez. Vous êtes la seule femme que j'aie vraiment aimée, la seule que je puisse aimer encore.

OCTAYIE.

Vous mentez peut-être moins que vous ne pensez.

d'estrigadd.

Faites-en l'épreuve. Je suis prêta tout quitter pour vous... et avec vous.

OCTAYIE.

Même la France?

d'estrigaud.

Si vous voulez.

OCTAVIB.

Je n*en crois pas un mot, et pourtant cela me fait plaish à entendre. Pourquoi?

d'estrigâud.

Parce que vous savez bien que, si tous acceptiez, je ne reculerais pas.

OCTAVIE

Mais vous savez bien vous-même que je n'accepterai pas.

'd'estrigâud.

Ma foi, je n'en suis pas sûr.

OCTAVIE, se levant.

Vous êtes an fat, mais votre fatuité me plait. Vous êtes arrivé à vos fins, mon cher Raoul.

d'estrigâud.

Auxquelles ?

OCTAVIB.

Aux plus sérieuses.

d'estrigâud.

Eli bien, sur ma parole, je regrette les autres.

C'est parce que je ne suis pas loin de le croire que je vous servirai, quoi qu'il puisse m'en advenir.

d'estrigâud.

Il ne vous en adviendra rien de fâcheux. Ce que j*ai à vous demander, c'est prôcisémenl ce que vous demanderait M. de Sainte-Agalhc, lui-même. Dites à Catherine beaucoup de mal de moi, vous m'entendez? et beaucoup de bien du pelit vicomte ..

OCTAVIE

Je vous entends. — Où en ôtes-vous avec elle?

Page 1