HORTENSE, JEAN
JEAN
A qui parliez-vous de moi tout à rheure?
HORTENSE, assise près de la cheimnée.
Oui, n*est-ce pas, quelle est cette personne qui tous aime? Cherchez.
JEAN
Voulez-Yous dire que c'est vous
HORTENSE
Et qui donc, ingrat?
JEAN, l'asseyant sur le tAte-à-tète.
Ah! Hortense, vous ne m'aimez pas comme je tous aime. Vous avez des pensées que je ne connais pas, des soucis que vous me cachez... à moi qui donnerais ma vie pour effacer un pli de votre front adoré !
HORTENSE
Vous seriez bien avancé, mon pauvre Thomé, si je vous racontais des tracas de la vie parisienne auxquels vous ne comprendriez peut-être pas grand*chose, et ne pourriez certainement rien ! . . Imitez ma discrétion. Quand vous êtes triste comme hier, est-ce que je vous demande à quoi vous pensez et quel blanc fantôme vos yeux distraits cherchent au plafond ! Et pourtant, j'aurais peut-être, moi, quelque sujet d'être jalouse de vos rêveries.
JEAN, se lerant.
Non ! je vous le jure ! Ce n'est pas mon cœur qui souITre, l^est ma loyauté ; je manque à des engagements sacrés. Yi. i9.
â3« JEAN DE THOMMERAT.
HORTENSE
Oh I VOUS avez encore trois mois devant vous ponr les remplir, trois mois... le temps de m'oublier !..
JEAN
Je n'épouserai jamais Marie, vous le savez bien. Quel plaisir trouvez-vous à me torturer ? Ne vous suffit-il pas que je sois parjure envers elle sans me croire capable de l'être envers vous ? Et puis que signifie cette comparaison que vous faites de {nés tristesses aux vôtres ? Ont-elles donc une canse semblable ? Quand vous ne m'écoutez pas, à qui songezvous?
HORTENSE
Je pourrais vous répondre que je manque à des engagements... peut-être aussi sacrés que les vôtres.
JBAM.
Non ! puisque M. de Montlouis a le premier manqué aux siens, puisqu'il n'y a rien de commun entre vous... Vous me l'avez dit, du moins.
HORTENSE
Et c'est la vérité !.. Qu'allez-vous imaginer, bon Dieu I Si mon mari m'avait aimée, faites-moi l'honneur de croire que vous ne seriez pas là. A ce propos, mon ami, quand prendrez-vous sur vous d'offrir la main à M. de Montlouis ? Jusqu'à présent, j'ai mis votre attitude de efiminel sur le compte de la gaucherie bretonne : mais si vous aviez le moindre souci de mon repos...
JEAN
Ah 1 madame, c'est le plus grand sacrifice que vous puissiez exiger. Je voudrais rentrer sous terre quand M. de Montlouis me tend cette main confiante dans laquelle notre secret découvert mettrait une épée ! Je ne lui dérobe rien en acceptant votre amour, soit ! Mais je lui volerais quelque chose en acceptant, son amitié.