‹ Théâtre complet de Émile Augier (volume 2)Chapitre 38 sur 320 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

ie sais que ce n'est pas toujours une raison Et que plus d'un ménage a Tair d'une prison ; Mais c'est quand on s'épouse avant de se connaître Et qu'on prend au hasard sa compagne et son maître. Nous, c'est bien différent, Léa, vous le savez : Par un père commun l'un pour l'autre élevés. Fiancés en silence et n'attendant que l'âge. Nous nous aimions longtemps avant le mariage. Et notre amour n'a fait que changer h l'autel

Son nom fr?ffil^ pt dmiT ponr snn nnm étemel .

LÉA

Il t'aimait... depuis quand?

Depuis toujours, je pense.

Est-ce qu'on sait comment et quand cela commence?

Donc, tu crois qu'en ouvrant ce cœur qui t'appartient, On n'y trouverait pas d'autre nom que le tien ? Jusque dans le passé sûre de sa tendresse...

CAMILLE

Je ne dis pas qu'il n'ait jamais eu de.. . maîtresse ; le n'en sais rien, cela ne me regarde pas, Et je n'en serais point jalouse en tous les cas.

LÉA

Tu méprises dooe bien tes rivales vaincues ?

CAMILLE

Mon Dieu, non I Elles sont pour moi non avenues.

To'it leur rôle consiste, autant que j'ai compris, 1 V

A donner patience à nos futurs maris ;

On dit que c'est dans l'ordre et que jamais l'épouse

N'y perd rien dont elle ait sujet d'être jalouse.

LÉA

Et qui t'a dit cela? monsieur Paul?

Camille.

Ah bien, oui !

Jeii*eD aurais riea cru, si c'avait été lui : Il eût trop clairement plaidé sa propre cause ; Mais sans gène à présent devant moi chacun cause : De ce que dit chacun, moi, je fais mon profit^ Et pour tout deviner souvent un mot suffit... Je sais ainsi combien le lot de la maîtresse Est différent du nôtre et peu nous intéresse ; Que Toragèux passé dont on s'alarme tant N'effleure pas le coin du cœur qui nous attend, Et qu'avec le dégoût de l'ivresse grossière La soif du vrai bdnl^eur vient à nous tout entière. — N'est-ce pas votre avis ?

LÉA

Oui... rivresse des sens Qui de la passion emprunte les accents, La volupté qui feint d'être le cri de l'âme Et d'immortalité parle à la pauvre femme, Égoïsme et mensonge, oui, c'est tout !... Et pourquoi Un homme mettrait-il la moindre bonne foi Dans son commerce avec la folle créature Qui s*est donnée à lui sans bail ni signature? L'amour comme la guerre a sa chair à canon ! Femme galante ou femme adultère, le nom N'y fait rien, c'est toujours une femme perdue A qui pouf tout loyer ringralitUde est tfiîè ! Dévorez -fuî lé cœur pour tromper votre- faim ! Dupez-la !... Ce n'est pas agir en aigrefin, C'est dans Tordre I il faut bien gagner le mariage Et charmer de son mieux les ennuis du voyage. On n'en est pas jalouse... et comme on a raison! L'auberge porte-t-elle ombrage à la maison ?

CAMILLE^ regardant Léa, étoonét.

C'est ce que je me dis.

LEA« avec, emportement.

Eh bien, tu peux te dire Une tout n*est pas non plas mensonge en ce délire, Et que la délaissée en guise de remords ^^^^

Laisse le souvenir peut-être de transports ^^

Que n'inspirera pas l'épouse triomphante, 1 / ^.j^ ^ ^*-5?

Car un cœur par deux fois jamais ne les enfante I j Yy^ ' Qu'importent l'abandon, la honte et la douleur? I Le lot de la maîtresse est encor le meilleur, *^

Etc^sTeHë qui peui^epitlé faire 'aùmSne A poHi^ |»f)yqnf^ g'''*^nttai;\t ^-"r-^^2IL!ilJ!!!^ ^^^ ^

CAMILLE

Quelle irritation, Léaî (Ûoiit«*e qui donc?

itf Ày te maltriMot.

Contre des sou?enim qu'à ton insu... Pardon,

Mon enfant, — j'ai beaucoup souffert, je souffre encore

Après on ùience, sooriant.

Vas-tu souvent au bal? A ton âge on l'adore. L'hiver est-il brillant cette année à Paris?

MARTIN, entrant.

Le notaire, ou son clerc, je n'ai pas bien compris Mais c'est plutôt le clerc, va son âge, demande Si madame est visible.

LÉAy Tivement.

Oui, certes ! — Qu'il attende Un moment.

Martin lort.

J'ai regret de te quitter si tôt, Camille! mais j'irai te dire adieu tantôt.

CAMILLE

?îoti. je ne rentre pas avant ce soir ; je dîne

A mon ancien couvent chez sœur Sainte-Apolline \

Cest sa fête.

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PJLUL FORKSTIE

r4chfiucontre-tenip>!

(,♦4 pUl» court.

AdMU donc, adieu^ cUo

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Àc:tK TROISIÈME.

Sortez doDC !

présened est seule un outrage !

... «ùJî'j* ;m«ia

ADOLPHE

Pardon,

le venais vous faire une offre...

« — '-Wf

lEA.

Que m'importe !

zl... j'ai bien le droit de vous fermer ma porte!

tii Adolphe entr'oaTre la porto ponr sortir ; Léa redesceod en leène. ADOLPHE, snria porte, timidement.

inais demander votre main.

LÉA

Ma main? Vous!

ADOLPHE, descendant pea àpen en scène. \

il mon plus eher âésil* eât d'être TOtre épbnk. jjr- î me borne là croyez-le bien, c'est faute -«: ne marque d'amour et de respect plus hante, -.•r^es larmes?

LÉA

• ^ Laissez-les couler... Je me détends!

tant souffert, monsieur^ et depuis si longtemps! } choses et les gens, tout me blesse ou me froisse, . • at frappe de concert sur ma secrète angoisse, j'avais grand besoin qu'il me tombât du ciel .e trêve d'une heure à cet état cruel, "X ^

qu'un peu de respect, un peu de sympathie \ ; vint, dans ma détresse, ainsi qu'une amnistie. / 1 ! si je l'attendais de quelqu'iin ici-bas, ) n'était pas de vous.

\yf'

LÉÀ.

Fâcheux contre-temps ! — Prends par là, C'est plus court.

CAMILLE, l'embrassant.

Adieu donc, adieu, chère Léa.

BUa sort par la ganekc

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