ACTE TROISIÈME
PAUL
Crojez bien, si je Tiens, que ce n'est point pour moi, Maf^^me. Je remplis an assez sot emploi : Un ami, qui depuis quelque trois mois vous aime, M'a chargé...
LÉA
C'est monsieur de Beaubourg?
C'est lui-même.
LÉA
Il sort d'ici.
PAUL
Commeût ! yous Tavez donc reçu?
LéA.
Parfaitement.
PAUL
Croyez que, si je l'avais su, Je vous eusse épargné ma présence maussade, Madame... Me voilà quitte de l'ambassade, Car) je n'en doutb pas, vous avez consenti?
LÉA
Mais... monsieur de Beaubourg est un très-beau parti.
PAUL
£t puis ce mariage apportera, je pense, Un grand allégement à votre conscience.
LÉ à.
Je ne vous comprends pas.
PAU L, ayec nn aonrire éqaiyoqae.
Aurais-je été trop loin?
CVst sans intention, le ciel m'en est témoin.
PACt iiORESTUR.
JMgnore absolument oe que voua voulez dire.
PAUL
Pourquoi relevez- vous un mot que je retire?
LÉA
Je ne relève rien, monsieur.
PAUL
C'est plus prudent ; Car, si je m'expliquais, — à mon corps défendant! — Peut-être auriez- vous lieu de n'être pas ravie.
LÉA
Mais insultez-moi donc! vous en mourez d'envie!
PAUL
C'est vrai. — Beaubourg, madame, est votre amant.
LÉA
Hélas 1 Plût au ciel qu'il le fût!
PAUL
Tenez, ne niez pas!
Rien ne vous servirait, mensonge ou subterfuge.
LÉA
Et de quel droit encor vous faites-vous mon juge? Lorsque j'aurais commis le crime le plus vil, A quel titre, monsieur, vous importerait-il?
PAUL
C'est fort habilement répondu; votre audace Ne va pas cependant jusqu'à répondre en face. Que ne m'accusez-vous de vous calomnier?
Et pourquoi, s'il vous plaît, descendrais-je à nier?
iCTETEOISIËME.
Votre estime à ce point vaut-elle que j*y tienne? Êtes-voussi certain d'avoir encor la mienne? Qui de nous le premier a violé sa foi ?
PAUL
Vous me le demandez ? Assurément, c'est moi. G*est moi qui, fatigué d'an amour trop fidèle, j VoGs ai cherché, madame, une absurde querell Moi qui, par lés cheveux prenant l'occasion. Sans un seul mot d'adieu ni d'explication, Sans pitié, sans jeter un regard en arrière. Ainsi qu'un contumax ai gagné la frontière... C'est moi. — Votre mépris a mille fois raison, f Car c'est une exécrable et lâche trahison.
LÉÀ.
Et si ce n'eût été qu'une épreuve ?
PAUL
Une épreuve ?
En vérité?... Pardien ! l'excuse n'est pas neuve!
Interrogez plutôt votre père...
PAUL
Comment?
Il aurait exigé?...
LÉA
Consenti seulement.
PAUL
n savait donc...?
LÉA
Oui, tout ; et dans sa clairvoyance^ De votre affection mesurant la constance. M'adjurait de ne pas en attendre la fin. Pour vous restituer à votre vrai destin.
PAUL
Ah! que, si vous m'eussiez aimé comme uagaère, Vous am'iez su répondre à ces raisons de père 1
LÉA
Mais la seule réponse à faire, — en vérité,
C'était votre douleur et sa fidélité.
L'avez -vous faite? — Après deux mois, pas davantage.
Vous avez répondu par votre mariage.
PAUL, brosqnement.
\ Je payais une dette à mon père. — Au surplus^
/Madame, laissons là des débats superflus.
/ Je ne suis pas ici pour vous chercher querelle.
Votre conduite, en somme, est toute naturelle : S Vous en aviez assez de notre liaison,
Vous avez rencontré là-bas un bon garçon,
Et comme il vous plaisait... Ah! misérable femme.
Tu n'as pas reculé devant cet acte infâme!
liien ne te disait donc que tu prostituais
Ce qu'adoraient encor mes souvenirs muets.
Le temple consacré par mon idolâtrie?
— Un autre entre ses bras, un autre l'a flétrie !
Tn étranger... que dis-je? un passant, Dieu vengeur!
De sa beauté divine a pillé la pudeur!
Il M tout dévoré de son regard profane !
Dcinande-moi pardon I à genoiix, courtisane!
Il lu prend violemment par le bras et la jette sur aes genoax. — Il re«iile époavaotô de sa brutalité, tombe dans no fauteuil et éelate eo sauglota*
> Malheureux que je suis !
' Après un silenee»
Si tu ne peux nier, Trouve au moins une excuse à me balbutier... Je croirai tout, oui, tout me sora vraisemblable, Qiiui que ce soil... par où tu semblés moins coupable!