ACTE PREBÏIER. 16U
l'honneur de eonnaltre un peu votre fanaille... (s'ioeUoaat.) Baron de Montrichard... et je suis heureux du hasard qui... que... Que c'est béte de faire poser un vieil ami!
PAULINE
Monsieur...
MONTRICHARD
As- tu peur que je ne te vende? Tu sais bien que je suis tc\ijours du parti des femmes. D^ailleurs, nous pouvons nous servir mutuellement : mon intérêt te répond de ma discrétion.
PAULINE
Comment serais -je assez heureuse pour vous rendre service, monsieur le baron... de Montrichard, je crois?
MONTRICHARD
C'est de la défiance? Vous voulez des arrhes? volontiers. Je songe à me marier : votre grand oncle, le marquis de Puygiron, a une petite fille charmante; j'ai ébauché un commencement de connaissance avec lui, mais je ne suis pas encore admis dans la famille ; vous m'y ferez entrer et vous servirez mes projets, moyennant quoi, quiconque aurait l'impertinence de vous reconnaître, aura affaire èi moi. Voilà.
Il lai tend la main. Pauline jette on coap d'œil ponr t'assorer qu'ils sont seuls.
PAULINE, mettant sa main daot celle de Montrichard.
A quoi m'avez- vous reconnue ?
MONTRICHARD
A ta figure d'abord... Ensuite au petit signe rose de ta huque d'ivoire, ce petit signe que j'adorais.
Tu t'en souviens encore?
MONTRICHARD
Parbleu ! tu as été mon seul amour.
PAULINE
Et toi le mien, mon cher Edouard.
MONTRICHARD
Non, Alfred, tu confonds ; mais je ne t'en veux pas. Ton seul amour a eu tant de petits noms ! — Gomment diable t'est venue l'idée saugrenue de te marier? Ta étais heureuse comme une poule en pâte.
PAULINE
Ne vous ôtes-vous jamais aperçu en arrivant au boulevard que vous aviez oublié votre canne dans un cabinet de restaurant?
Cela s'est vu.
MONTRICHARD
PAULINE
Vous êtes retourné la chercher. Vous avez trouvé toute l'orgie rangée dans un coin, les candélabres éteints, la nappe enlevée; un bout de bougie sur la table tachée de graisse et de vin ; dans cette salle tout à Theure éclatante de lumières, de rires et de parfums savoureux, la solitude, le silence et une odeur fade. — Des meubles dorés qui ont Tair de ne connaître personne et de ne pas môme se connaître entre eux ; pas un de ces objets familiers qui retiennent autour d'eux quelque chose de la vie du maître aksent et semblent attendre soz\ retour ; en un mot l'abandoiu
MONTRICHARD
C'jst exact.
PAULINB.
Eh bien , mon cher, notre existence ressemble à celle de ce cabinet de restaurant : des fêtes ou l'abandon, pas de milieu. Vous étonnerez-vous que l'hôtellerie aspire à devenir la maison?