ACTE DEUXIÈME
CÉLIMARE.
Ce n'est pas ma faute... c'est ma belle-mère qui a disposé le couvert.
VERNOUILLET
Au dessert... quand j'ai chanté... on parlait, et vous n'avez pas réclamé le silence... vous-même, vous avez causé...
Moi?... permettez...
VERNOUILLET, avec autorité.
Je vous dis que vous avez causé !
CÉLIMARE, à part.
Hein!... est-il exigeant, cet animal-là 1 voilà ce que c'est que de les gâter.
VERNOUILLET, avec amertume. "-<*
Tout à l'heure... vous étiez à table, et vous ne m'avez pas même offert un verre d'eau.
CÉLIMARE.
Nous avions presque fini...
VERNOUILLET
Non, monsieur... vous en étiez aux radis.
CÉLIMARE.
Vous croyez?...
VERNOUILLET
J'en suis sûr... je me suis retiré le cœur ulcéré.
CÉLIMARE.
Voyons, Vernouillet!...
VERNOUILLET
Et savez-vous où je suis allé?,..
70 CËLÎMAUE.
Non...
VERNOUILLET
Je suis allé déjeuner àTingt-cinq sous... àvot^j porte...
CÉLIMARE.
Vraiment?... on dit qu'on n'est pas mal.
VERNOUILLET
Deux plats au choix... un carafon de ^in et un dessert... On m'a servi, en guise de bifteck, un morceau de caoutchouc durci... 4^
CÉLIMARE.
Hein !. . . faut des dents !
VERNOUILLET
Et, comme je ne pouvais pas en venir à bout... je me suis mis à faire des réflexions.
CÉLIMARE.
Sur l'état de la boucherie en France.
VERNOUILLET
Je me suis dit: « Autrefois... quand ma femme vivait... Géli mare était aux petits soins pour moi... maintenant qu'elle n'est plus, il me lâche; pourquoi?... »
CÉLIMARE, à part.
Que le diable l'emporte avec ses réflexions!
VERNOUILLET
« Mais, s'i^ me lâche, ai-je ajouté, ce n'est pas moi qu'ft aimait; et, si ce n'est pas moi... c'était donc ma femme? »
CÉLIMARE.
Vernouillet!... c'est mal! c'est très-mal I (a part.) Il ^D devenir jaloux, à présent'