SCÈNE XII
ERNEST, MARIE, puis GODAIS.
Eh bien, monsieur, si c'est comme cela que vous tenez compte de mes recommandations.
ERNEST
Quoi donc?
MARIE
Je vous avais prié d'être très-poli avec ce garçon...
ERNEST
Oh! une petite altercation... je lui donnerai cent sous...
MARIE
Frapper un domestique t Ah ! je vois bien que j'ai épousé un homme violent, emporté...
ERNEST
Mais non!... c'est tout le contraire!
MARIE
Vous avez su vous contenir tant que je n'étais pas votre femme... mais maintenant...
ERNEST
Je vous assure que je suis un mouton... Tenez, je vais vous raconter mon caractère... avec tous ses défauts. Voici mon caractère: Je suis bon, je suis doux, je suis généreux... (il éternue.) Oh! je ue VOUS cachc rien!
MARIE
Om, mais vous commencez par les quaUtés...
• fi4 LE PETIT VOYAGE.
ERNEST
/'arrive aux défauts... A vrai dire, je ne m'en connais qu'un...
UAKIE.
Vraiment?
ERNEST
Je suis doué d'une extrême sensibilité... je ne peux paa voir un malheureux... je le fuis!
MARIE
Ah!
ERNEST
Mes aspirations me portent à la rêverie, à la mélancolie... Je suis ce qu'on appelle un homme mélancoUque. (n éternue, à part.) Ça y cst, me voilà enrhumé! (Haut.) Je puis le dire sans fausse modestie... je porte un cœur de poëte...
Il se mouche, MARIE.
Vous faites des vers ?
ERNEST
Oh! quelques romances... assez réussies.... Je suis organisé d'une façon exceptionnelle, j'entends vibrer en moi toutes les harmonies de la nature... (ii prononce tout ce qui
va suivre comme un homme fortement enrhumé du cerveau.) Je
comprends les voix qui ne parlent pas... le frémissement des feuilles sous les pieds de la femme aimée (ii se mouche.), la chanson plaintive du vent qui souffle dans les grands bois (il se mouche.), le coucert des étoiles... la goutte de rosée... qui dit à sa sœur... (Se retournant vivemeni.j Sapristi! il y a encore un courant d'air! (Courant à la fenêtre.) On a crevé le carreau !
Il éternue et Laisse la rideau de la fenêtre.