‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 2 sur 251 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

C'est d'être la première à manier l'aiguille ,

La plus industrieuse à filer la toison ,

A préparer l'habit propre à chaque saison ,

Afin qu'en revenant au foyer domestique ,

Le guerrier puisse mettre une blanche tunique ,

Et rende grâce aux dieux de trouver sur le seuil

Une femme soigneuse et qui lui fasse accueil.

— Laisse à d'autres que nous les concerts et la danse.

Ton langage , nourrice , a manqué de prudence.

La maison d'une épouse est un temple sacré ,

Où les yeux du soupçon n'ont jamais pénétré ,

Et son époux absent est une loi plus forte

Pour que toute rumeur se taise vers sa porte.

LA NOURRICE

Ce zèle pigoureux me semble aller trop loin , La joie est de votre âge un innocent besoin.

Pendant qu'on tient des dieux la jeunesse , on est sage De fêter cette hôtesse au rapide passage.

Quelle prise y voit-on à la malignité ?

Et qu'est-ce qu'un soupçon qui n'est pas mérité? L'honneur ne dépend pas d'un injuste caprice , Et quand le cœur est pur, il sufQt.

Non , nourrice.

Ce n'est pas assez bien respecter la pudeur, Que d'avoir seulement son culte au fond du cœur. Il faut lui rendre hommage à la face publique ; Pour être vraiment chaste , il faut être pudique ; Et comme vers ce but tout doit être tourné ,

C'est être criminel que d'être soupçonné.

LA NOURRICE

£h bien ! soit. Prolongez cette retraite austère ; Défendez aux plaisirs votre seuil solitaire ; Mais , cessant d'ajouter la fatigue aux ennuis > Que le travail au moins n'abrège pas vos nuits. Le sommeil entretient la beauté du visage ; L'insomnie , au contraire , y marque son passage.. Gardez que votre époux , de son premier regard. Ne vous trouve moins belle au retour qu'au départ»

Tu me presses en vain ; je veux rester fidèle ,

Par mon aïeule instruite , aux mœurs que je tiens d'elle.

Les femmes de son temps mettaient tout leur souci

A surveiller l'ouvrage , à mériter ainsi

Qu'on lût sur leur tombeau , digne d'une Romaine ;

« Elle vécut chez elle , et fila de la laine. »

Les doigts laborieux rendent l'esprit plus fort ,

Tandis que la vertu dans les loisirs s'endort.

Aussi , celle qui prend l'aiguille de Minerve ,

Minerve , applaudissant , l'appuie et la préserve.

Le travail , il est vrai , peut ternir ma beauté ,

Mais rien ne ternira mon honneur respecté ;

Et , si je dois choisir, injure pour injure ,

La ride au front sied mieux qu'au nom la flétrissure.

— C'est assez : le temps passe à tenir ces propos;

Quand la langue se meut , la main reste en repos.

Poursuivons notre tâche. — Allons 1

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