ACTE V
CHARLOTTE
Oui.
DANTON
C'est le dieu Marat , et son apotliéose.
— Vous avez opéré cette métamorphose.
Le mépris général en aurait fait raison ; Votre coup de poignard l'envoie au Panthéon.
CHARLOTTE , tumbant assise et baissantlatéte avec di-couragement.
Ainsi , je fais un dieu de celui que je tue , Et je vois , en mourant , la Gironde abattue !
— J'ai donc , sans aucun fruit, versé le sang humain !
DANTON
Ne courbez pas le front. — Le cœur absout la main. Vous vous êtes trompée , il est vrai ; mais qu'importe I Les magnanimes , seuls , se trompent de la sorte.
— Ah ! nul n'est pur; chacun a sa tache de sang; Et qui n'ose rien faire est le seul innocent.
L E GEOLIER, entrant à Cliarlutto.
Il faut VOUS préparer; on attend.
CHARLOTTE
Je suis prête.
D Anton , très-agité , et faisant signe au geôlier il'attemire.
Quoi ! déjà ! — quoi ! trancher une si noble tète !
— 0 pauvre enfant ! — Si belle ! — un cœur si généreux !
CHARLOTTE
Gardez cette pitié p(Mii' d'autres mallioureux;
350' CHARLOTTE COUDAY.
La mort prompte , Danton , est tout ce que j'envie.
— Je suis un assassin , tant que je suis en vie.
C'est vrai. — Marche à la mort, noble fille! et fais voir Qu'ayant su la donner, tu sais la recevoir.
CHARLOTTE, se levant.
Danton , l'on m'avait dit , l'on ne m'a pas trompée , Que vos fureurs cachaient une âme bien trempée. J'aurais bien profité de mon dernier instant, Et recevrais la mort d'un esprit plus content , Si cette émotion , qu'après moi je vous laisse , De tous vos bons penchants réveillait la noblesse , Et tournait au proht de l'État défendu Le yénie effrayant qui l'a presque perdu.
Eh ! Charlotte 1 malgré mon renom efiVoyable ,
Pour n'être pas un saint , je ne suis pas un diable !
— N'emportez pas de moi cette idée au tombeau.
J'étais homme d'État, autant que Mirabeau.
Dès qu'un gouvernement recommençait à poindre .
J'y courais aussitôt , empressé de m'y joindre.
Vingt fois j'ai proposé la paix aux Girondins;
Mais je n'ai recueilli qu'injures et dédains.
On m'a bien méconnu , vraiment! — Leurs anathèmes
M'ont poussé, malgré moi , dans les partis extrêmes ,
Qui les ont dévorés , nous dévoreront fous ,
Et se dévoreront eux-mêmes, après nous.