‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 241 sur 337 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

BEUOÉ.

Claude est un cavalier comme l'on n'en \oit guère.

LYDIE

11 perd tout son mérite en mettant pied à terre.

BERCÉ

Prenez un sénateur grave dans ses propos.

LYDIE

C'est ennuyeux.

BEIIOÉ.

Prenez un fermier des impôts.

C'est trop laid.

BERCÉ

C'est la source, ô l)elles courtisanes , Des bronzes de Corinthe et des urnes toscanes.

Donnés par des gens laids les cadeaux sont trop cliers.

Je ne mesure pas Tamour aux dons ofrerts.

Que celle qui voudra l'or et la perle rare

Au poète amoureux ferme sa porte avare ;

Il ne vient {)as chargé de la |)ourpre de Cos ;

11 n'a que ses chansons et les donne aux échos ;

Mais les dieux sont pour lui ; la muse délicate

Lui conseille les mots dont la grâce nous flatte :

La Muse, femme aussi, sait le cœur féminin,

Et par ([iiel art secret s'y glisse un doux venin.

Va , je suis autrement que les femmes vénales.

Je hais l'esprit commun et les phrases banales.

Je veux , pour reconnaître et nommer mon vainqueur,

Qu'il s'ouvre par mon âme un chemin à mon cœur.

L'amour ne connaît pas d'éternelles ivresses :

Pour lui la causerie a de calmes tendresses ;

Et quel plaisir alors d'écouter longuement

La source qui murmure aux lèvres d'un amant ,

Ou bien d'accompagner sur sa tremblante lyre

Les chants harmonieux que soi-même on inspire !

Tel l'amour des oiseaux fait résonner les bois.

Les chants et les amours ont dû naître à la fois.

— Et puis , ô Beroé , n'est-ce pas quelque chose

Que l'immortalité dont la muse dispose ?

La soie et les bijoux ne plaisent qu'un instant ;

Demain sera fané ce péplum éclatant ;

Mais les vers du poë:c jchappont aux outrages.

Hélène aux beaux cheveux vivra dans tous les âges ;

Tant qu'on reconnaîtra l'empire de Vénus ,

Lesbie et Lycoris auront des noms connus ;

Et , partageant l'honneur de sa muse applaudie,

Toujours avec Horace on nommera Lydie.

Elle regarde l'horloge h eau.

L'eau s'écoule. Bientôt Horace doit venir. Quand viendra-t-il ! jamais l'heure ne va finir. Saturne ! abrège donc l'incertilude avide , Et prolonge plutôt le bonheur trop rapide !

Ah ! Beroé ! j'entends des pas-^ c'est lui qui vient. Abaisse les rideaux ; leur ombre me convient. Dans les plis de la pourpre une lumière éteinte

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