SCENE II
LYDIE, se lovant et s'éluignant d'IIoracp.
Laissez-moi; laissez-moi.
HORACE, la suivant.
.le t'aime
LYDIE
Taisez-vous.
HORACE
Et je n'aime que toi.
Ces vers ne prouvent rien. Fiction poétique ! Il fallait un ïambe à mon vers alcaïque ; Lydie est un dactyle ; en mon vers fourvoyé , Le cœur disait : Lydie ; et le rhythme : Chloé.
LYDIE, jetant par terre les tablettes qu'elle foule <i ses pieds.
Périssent donc les vers et leur trompeur grimoire ! Puissé-je les fouler, tous, comme cet ivoire!
HORACE
Ah ! ma pauvre tablette 1 on te brise les os.
LYDIE
A ta chère Chloé portes-cn les morceaux.
HORACE
Des vers perdus ! pas un dont je me ressouvienne !
LYDIE
Tant mieux. .le les voudrais dans la mer Caspienne. Oh ! les poètes! race égoïste et sans frein , Qui sacriiïrait tmit pour un méchant tpuitrain!
HORACE, entre ses dents.
Méchant quatrain !
C'est, bien la pire espèce d'hommes Que nous puissions aimer, ô folles que nous sommes ! On les croit généreux, tendres et délicats; Ils ont un sens exquis , que les autres n'ont pas ; Dans un monde inconnu leur amour nous fait \ ivre ; Bah! ces enchantements ne sont que dans leur livre. Fiction poétique ! Au fond vous les verrez Terrestres comme un autre , et pas plus éthérés. Ils ont tant dépensé de feux pour les déesses , Qu'ils n'en ont plus du tout pour de simples maîtresses , Et , tant d'amour en vers épuisant leur vigueur. L'imagination a ruiné le cœur.
C'est pour cela qu'ils ont l'humeur si vagabonde ; Comme ils n'aiment personne , ils aiment tout le monde. Ah ! qu'il vaut mieux choisir un honnête garçon , Tout simple, et vous aimant de la bonne façon,
— Comme Cérinthe , ou bien Calais fils d'Ornilhe.
HORACE
Une bête !
LYDIE
Il m'adore , et c'est un grand mérite.
— Il est jeune , il est beau.