ACTE I. 2o
Elle n'a plus connu les fêtes ni la joie ;
Et quoique de grands chefs aient recherché sa main ,
Elle n'a pas voulu conclure un autre hymen.
C'est même ce refus qui cause sa détresse ;
Car tous les prétendants assiègent ma maîtresse,
Et tous, dans son palais, installés à la fois,
N'en veulent pas sortir qu'elle n'ait fait un choix.
Il so lève.
— C'est indigne! ils devraient, s'ils ne craignent Ulysse, Craindre du moins les Dieux amis de la justice; Le pirate lui-même, emportant son butin , Craint les Dieux et redoute un châtiment certain ; Mais tous ces prétendants, race aux Dieux incrédule, Pillent le bien d'autrui sans honte et sans scrupule. Il en vient de partout ; les uns de nos hameaux. Et d'autres de Zacinthe, et d'autres de Samos. Prolongeant les festins jusqu'aux heures nocturnes, Ils boivent tout le vin qu'on gardait dans les urnes; Ils mangent sans mesure, au delà du besoin, Et prennent les [ilus gras des porcs dont j'ai le soin
Se rasseyant en face d'Ulysse.
Bien plus, de Pénélope ils débauchent les femmes, Et la reine est témoin de leurs amours infâmes; Elle voit ce désordre et feint de lignorer, ■ Car que peut une femme à moins que de pleurer ! — Ah ! cela fend le cœur 1 — j'éprouve trop de peine A voir mettre au pilhige un aussi beau domaine.
nEMi-ciKMcrn '.
Voraces pvétondants ! un seul de leurs repas
26 ULYSSE
Dévore des troupeaux et dépeuple une étable.
DEMI-CnOEUR.
Une victime ou deux ne leur suffisent pas ; Chacun de nous envoie uu pourceau pour leur table.
DEMI-CHœUR.
La reine subit leurs affronts; Il faut qu'elle choisisse un mari dans leur bande.
DEMI -CHOEUR
A contre-cœur nous servirons , Si chez le noble Ulysse un nouveau chef commande.
LE CIICœUR.
Ne le permets pas, Dieu puissant!
Éloigne de moi celte épreuve !
Je ne saru'ais me faire un cœur obéissant; Je hais ces oppresseurs qui poursuivent la veuve ,
Et pillent les biens de l'absent.
Mais la justice enfin visite l'homme impie; Dans les bras du bonheur, son convive assidu , En vain il dort, et croit la justice assoupie;
Elle saisit le coupable éperdu.
Au sem des plaisirs qu'il expie.
Devant des festins copieux ,
Au bruit des champs et de la lyre ,
L'heure semble trop courte aux prétendants joyeux;
Mais leurs fêtes n'ont rien que j'envie et j'acbuire, Car elles offensent les Dieux.
J'aime mieux vivre pauvre, errer dans la broussaillo,
Manger des mets grossiers et garder les troupeaux.
Je me lève gaiment , et gannent je travaille