ACTE I
C'est d'ôtre la première à manier l'aiguille .,
La plus industrieuse à filer la toison ,
A préparer l'habit propre à chaque saison ,
Afin qu'en revenant au foyer domestique ,
Le guerrier puisse mettre une blanche tunique ,
Et rende grâce aux dieux de trouver sur le seuil
Une femme soigneuse et qui lui fasse accueil.
— Laisse à d'autres que nous les concerts et la danse.
Ton langage , nourrice , a manqué de prudence.
La maison d'une épouse est un temple sacré ,
Où les yeux du soupçon n'ont jamais pénétré ,
Et son époux absent est une loi plus forte
Pour que toute rumeur se taise vers sa porte.
LA NOURRICE
Ce zèle rigoureux me semble aller trop loin ,
La joie est de votre âge un innocent besoin.
Pendant qu'on tient des dieux la jeunesse , on est sage
De fêter cette hôtesse au rapide passage.
Quelle prise y voit-on à la malignité ?
Et qu'est-ce (pi'un soupçon ([ui n'est pas mérité?
L'honneur ne dépend pas d'un injuste caprice,
Et (juand le cœur est |Hir, il suffit.
Non , nourrice.
Ce n'est pas assez bien respecter la pudeur, Que d'avoir seulement son culte au fond du cœur. Il faut lui rendre hommage à la face publique ; Pour cire vraiment chaste , il faut être pudiquq; Et comme vers vo l)ut tout doit être tourné,
C'est être (.'liminel que d'être soupronné.
LA NOURRICE
Eh bien 1 soit. Prolongez cette retraite austère ; Défendez aux plaisirs votre seuil solitaire ; Mais , cessant d'ajouter la fatigue aux ennuis , Que le travail au moins n'abrège pas vos nuits. Le sommeil entretient la beauté du visage ; L'insomnie , au contraire , y marque son passage. Gardez que votre époux , de son premier regard , Ne 'S'ous trouve moins belle au retour qu'au départ.
Tu me presses en vain ; je veux rester fidèle ,
Par mon aïeule instruite , aux mœurs que je tiens d'elle.
Les femmes de son temps mettaient tout leur souci
A surveiller l'ouvrage , à mériter ainsi
Qu'on lût sur leur tombeau , digne d'une Romaine :
« Elle vécut chez elle , et fila de la laine. »
Les doigts laborieux rendent l'esprit plus fort ,
Tandis que la vertu dans les loisirs s'endort.
Aussi , celle qui prend l'aiguille de Minerve ,
Minerve , applaudissant , l'appuie et la préserve.
Le travail , il est vrai , peut ternir ma beauté ,
Mais rien ne ternira mon honneur respecté ;
Et, si je dois choisir, injure pour injiu'o ,
La ride au front sied mieux qu'au nom la flétrissure.
— C'est assez : le temps passe à tenir ces propos ;
Quand la langue se meut , la main reste en repos.
Poursuivons notre tâche. — Allons !