‹ Théâtre complet de G. E. Lessing (volume 2)Chapitre 24 sur 138 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

RÉCHA, DAYA, LE TEMPLIER auquel quelqu'un outre la perle

de l'extérieur, en disant .- Veuillez entrer

récha {contenant son émotion, se calmant et voulant se précipiter à ses pieds). C'est lui!... Mon sauveur, Ah!

le templier. C'est uniquement pour empêcher cela que j'ai tant tardé à venir, et certes...

récha. Je ne veux que remercier Dieu une fuis encore, aux pieds de cet homme orgueilleux. Dieu, et non cet homme qui ne veut point de remercîment; qui n'en veut pas plus que n'en demande la pompe à incendie qui s'est montrée si active pour éteindre le feu. Celle-ci se laisse remplir, elle se laisse vider; elle ne fait rien pour toi, rien pour moi. Cet homme non plus. C'est de la même manière qu'il a été lancé dans le feu; c'est par hasard que je suis tombée dans ses bras, par hasard que j'y suis restée, comme une étincelle sur son manteau, jusqu'à ce que je ne sais quoi nous ait rej< hors du feu... Y a-t-il lieu dans tout cela à des remercîments?... En Europe, le vin porte encore à des actions

bien autres... Les Templiers, c'est leur devoir d'agir ainsi, c'est leur devoir, comme à des êtres un peu mieux dressés que des chiens, de retirer du feu aussi bien que de l'eau.

le templier (qui pendant ce temps Va considérée, avec étonnement et avec émotion). 0 Daya, Daya! Si, dans un moment de mauvaise humeur et de fiel, je t'ai mal reçue, pourquoi lui avoir rapporté chaque sottise qui m'est sortie de la bouche? C'est se venger, Daya, trop cruellement. Veuille seulement maintenant réparer le tort que tu m'as fait auprès d'elle.

data. Je ne pense pas, chevalier, je ne pense pas que ces petits traits dirigés contre votre cœur vous aient causé grand dommage.

récha. Comment? Vous aviez de la mauvaise humeur ? Et vous avez plus tenu à votre mauvaise humeur qu'à votre vie?

le templier. Bonne et aimable enfant!... Comme mon âme est partagée entre ce que je vois et ce que j'entends !... Ce n'est pas là, non, non, ce n'est pas là, la jeune fille que j'ai retirée du feu... Car, qui l'aurait connue et ne l'aurait pas retirée du feu? Qui ne m'aurait pas devancé?.. Il est vrai que... la frayeur... change les traits... (Un silence, pendant lequel il est comme perdu dans la contemplation de Récita.)

récha. Mais moi, je vous trouve encore le même. (Nouveau silence : puis elle continue, afin de le tirer de sa distraction.) Eh bien! chevalier, dites-nous donc où vous avez été pendant si longtemps? Peut-être pourrais-je même vous demander où vous êtes en ce moment.

le templier. Je suis... où peut-être je ne devrais pas être.

récha. Où avez-vous été?... Peut-être aussi où vous n'auriez pas dû être?... Ce n'est pas bien.

le templier. J'ai été sur, sur... comment se nomme cette montagne?... sur le Sinaï.

récha. Sur le Sinaï?... Ah! tant mieux : je pourrai donc enfin savoir avec certitude s'il est vrai . . .

le templier. Quoi donc?... S'il est vrai qu'on y voie

encore le lieu où Moïse fut en présence de Dieu, lorsque . . .

récha. Eh bien, ce n'est pas cela : quelque part qu'il fût, il était en présence de Dieu ; et du reste j'en sais assez là-dessus. Je désirerais seulement apprendre de vous, s'il est vrai que... qu'il soit de beaucoup moins fatigant de gravir cette montagne que de la descendre?... Car, voyez-vous, pour toutes les montagnes que j'ai gravies, j'ai juste éprouvé le contraire... Eh bien, chevalier?... Qu'est-ce?... Vous vous détournez de moi ! Ne voulez-vous plus me voir?

le templier. C'est que je veux vous entendre.

récha. Ou que peut-être vous ne voudriez point me laisser remarquer que vous souriez de ma simplicité ; que vous souriez de ce que je ne sache vous demander rien de plus important, touchant cette montagne, la plus sainte de toutes les montagnes, n'est-ce pas?

le templier. Vous me forcez à regarder de nouveau dans vos yeux... Et quoi ! Vous les baissez? Vous dissimulez votre sourire? Quand je cherche à lire sur votre physionomie, sur votre physionomie incertaine, ce que vos paroles disent si clairement, si formellement; — Vous vous taisez ? — Ah ! Récha, Récha ! Qu'il avait raison de dire : « Connaissez-la d'abord seulement ! »

récha. Qui vous a dit cela? De qui parlait-on?

le templier. « Connaissez-la d'abord seulement! » C'est votre père qui l'a dit, et il parlait de vous.

récha. Et moi, ne l'avais-je pas dit à peu près? Ne l'avais-je donc pas dit aussi?

le templier. Mais où est-il donc? Où est donc votre père? Est-il encore chez le sultan?

récha. Sans doute.

le templier. Encore? Il y est encore? Oublieux que je suis! Non, non, il n'est guère probable qu'il y soit encore... Il est sans doute là-bas près du cloître, à m'attendre, c'est certain. Nous en sommes convenus, je m'en souviens. Permettez que j'y aille, que j'aille l'y chercher.

daya. Cela me regarde. Demeurez, chevalier, demeurez. Je l'amène sans retard.

le templier. Non pas, non pas : c'est moi qu'il attend et non pas vous. D'ailleurs, qui sait? il pourrait peut-être... il pourrait peut-être, chez le sultan... Vous ne connaissez pas le sultan!... peut-être, se trouver dans l'embarras. — Croyez-moi.

kécha. Du danger? Quel danger?

le templier. Du danger pour moi, pour vous, pour lui, si je ne pars pas en hâte, en toute hâte. {Il sort.)

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