NATHAN, LE RELIGIEUX
nathan (s' approchant de lui). Encore une fois, bon frère, mille remercîments.
le religieux. Et à vous, tout autant.
nathan. De vous à moi? Pourquoi?... Pour mon obstination à vous faire accepter ce dont vous n'avez pas besoin?... Encore si la vôtre avait cédé, si vous ne vouliez pas obstinément être plus riche que moi.
le religieux. Du reste le livre ne m'appartient pas, il appartient à la jeune fille : c'est là tout son patrimoine... Il est vrai qu'elle vous a... Dieu veuille seulement que vous n'ayez jamais à vous repentir de ce que vous avez fait pour elle !
nathan. Puis -je m'en repentir? Jamais. Soyez sans inquiétude.
le religieux. Mais, mais, les patriarches et les Templiers ! . . .
nathan. Ne pourront jamais me faire assez de mal pour m'en faire repentir ; n'en parlons plus... Et êtesvous donc tout à fait certain que ce soit un Templier qui pousse ainsi votre patriarche?
le religieux. Ce ne peut être un autre. Un Templier lui a parié quelque temps avant, et ce que j'ai entendu avait rapport à cela.^
xathan. Mais, pourtant, il n'y en a en ce moment qu'un seul à Jérusalem. Et, celui-là, je le connais; celui-là est mon ami. Celui-là est un jeune homme, noble et loyal.
le religieux. D'accord, c'est celui-là même... Mais ce qu'on est, et ce qu'on devrait être dans ce monde, cela ne s'accorde pas toujours bien ensemble.
nathan. Hélas, non... Enfin qu'il en soit ce qu'il voudra, mieux ou pis de sa part, avec votre livre, frère, je braverai tout, et je vais directement avec ce livre chez le sultan.
le religieux. Beaucoup de bonheur. Je vous quitte donc ici.
nathan. Ne l'avez-vous pas même vue?... Revenez bientôt, revenez souvent nous voir... Pourvu que le patriarche n'apprenne encore rien aujourd'hui!... Mais pourquoi? Dites-lui aujourd'hui même ce que vous voudrez.
le religieux. Mais? non... Adieu ! (Il sort.) Ne nous oubliez pas, mon frère... Dieu! que ne puis-je en ce moment tomber ici à genoux, sous l'air libre des cieux ! . . . Comme ce nœud qui m'a si souvent tourmenté, se dénoue facilement de lui-même!... Dieu! combien me voilà soulagé de n'avoir plus rien à cacher au mon de pouvoir me conduire aussi librement en face des hommes qu'en face de toi, qui, seul, ne juges point les hommes d'après leurs actions, parce que, rarement, elles sont leurs actions libres, ô Dieu !...