SCÈNE II
La chaml>re dp Sara
Miss SARA, MELLEFONT
mellefont. J'ai eu tort, très chère miss, de vous laisser dans un peu d'agitation, à propos de la lettre de tout à l'heure.
saea. Non, Mellefont, cette lettre ne m'a donné aucune agitation. Ne pourriez vous donc, tout en m'aimant, avoir encore des secrets pour moi?
mellefont. Vous croyez donc que c'était un secret?
saea. Mais pas un secret qui me regardât. Et cela doit me suffire.
mellefont. Vous êtes trop aimable; permettez -moi cependant de vous révéler ce secret : c'étaient quelques lignes d'une parente qui a appris mon séjour ici. Elle passe par ici, en allant à Londres, et a désiré me parler. Elle a en même temps sollicité l'honneur de vous faire sa visite.
saea. Ce me sera en tout temps très agréable, Mellefont, de faire la connaissance des honorables membres de votre famille. Mais veuillez réfléchir, si je puis déjà, sans rougir, paraître devant l'un deux.
melleeont. Sans rougir ? Et pourquoi? Parce que vous m'aimez? Il est vrai, miss, que vous auriez pu faire don de votre amour à un plus noble, à un plus riche. Il vous faut rougir de n'avoir voulu donner votre cœur qu'en échange d'un cœur, et à cause de cet échange, de devoir tant cacher votre bonheur.
sara. Vous voyez bien vous-même3 combien vous interprétez mal mes paroles.
mellefont. Permettez, miss, si je les interprète mal, c'est qu'alors elles n'ont pas d'importance.
sara. Comment s'appelle votre parente?
mellefont. C'est... lady Solmes. Vous m'aurez déjà entendu prononcer ce nom.
saba. Je puis ne pas m'en souvenir.
mellefont. Oserai -je vous prier de recevoir sa visite ?
saea. Me prier, Mellefont, quand vous avez le droit d'ordonner ?
mellefont. Quel mot ! . . . Non, miss, elle n'aura pas le bonheur de vous voir. Elle le regrettera, mais il faudra qu'elle en prenne son parti. Miss Sara a ses raisons que je respecte, moi aussi, sans les connaître.
sara. Mon Dieu! quelle vivacité, Mellefont. J'attendrai milady et tâcherai, autant que je pourrai, de recevoir dignement l'honneur de sa visite. Êtes-vous content ?
mellefont. Ah! miss, laissez-moi vous avouer mon ambition. Je voudrais pouvoir in enorgueillir de vous en face du monde entier. Et lors même que je ne serais pas digne de posséder une telle femme, je me reprocherais à moi-même de ne savoir point l'estimer à sa valeur. Je m'en vais, et je vous amène à l'instant milady. {Il sort.)
saea {seule). Pourvu que ce ne soit pas une de ces femmes hautaines, remplies de leur vertu, qui se croient au-dessus de toutes les faiblesses humaines ! Elles nous font notre procès, d'un seul regard de mépris; et un haussement d'épaules équivoque, voilà toute la compassion que nous semblons mériter d'elles.