SCENE III Mademoiselle OHLDINN, puis LISETTE
ohldinn. Oh! l'envieuse !... Allons, le Ciel va enfin me sauver! je tremble de joie. Ah! combien m'a été difficile ce : oui! Grâce à Dieu, le voilà dit !
lisette. Qu'est-ce donc encore que cette visite? M. Oronte venait vous emprunter de l'argent, n'est-ce pas?
OHLDINN. La coquine pense qu'on ne peut venir chez moi pour rien d'autre que pour chercher de ce misérable argent.
lisette. Eh bien, ne vous aurait-il pas aussi présenté un épouseur, quoique, de notre temps, les épouseurs tiennent d'une certaine façon des emprunteurs d'argent. De telles choses, vous êtes bien éloignée. C'est qu'aussi, de vrai, le mariage est un véritable enfer...
ohldinn. Dieu nous garde! Lisette, réfléchis-tu bien à ce que tu dis ?
lisette. Je ne fais que répéter ce que vous avez dit un nombre indéfini de fois. x\h ! pourvu que quelqu'un veuille m'entraîner dans cet enfer, moi! Je
n'aurai pas une aussi longue patience que vous. Et si vous ne vous hâtez pas de le faire, il sera trop tard.
ohldinn. Trop tard... coquine écervelée? Quel âge ai-je donc?
lisette. Je ne puis guère vous le dire, moi : je ne puis pas compter jusqu'à cinquante.
ohldinn. Il suffirait de tes sottes plaisanteries pour me porter à ce qui ne serait agréable, ni à toi, ni à mon cousin.
lisette. Doucement alors ! Doucement! Je pourrais vous désespérer tout à fait.
ohldinn. Bref, je me marie. M. le capitaine deSchlag s'est fait proposer tout à l'heure par M. Oronte. J'ai dit oui, et j'espère que la chose sera terminée aujourd'hui même.
lisette. Le rêve incomparable ! Il doit vous avoir rendu bien douce la nuit précédente. Comment vous couchez-vous donc, quand vous voulez faire de tels rêves? Sur le dos? sur le ventre? ou...
ohldlnn. Bouffonnerie à part ; ce que j'ai dit est vrai. Et je vais de ce pas mettre en ordre mes billets de banque et mes titres.
lisette. Ils y feront très bien. Car ils seront mieux venus au mariage que vous...
ohldinn. Silence, grossière créature !