‹ Théâtre complet de G. E. LessingChapitre 4 sur 114 · SCÈNE IV LISETTE, puis LÉLIO · texte numérisé non relu

SCÈNE IV LISETTE, puis LÉLIO

lisette. Oh! la jolie farce pour son cousin! Est-il dans sa chambre? Monsieur Lélio! Monsieur Lélio! La recherche des hommes est donc une maladie endémique des femmes : quelque jeune ou quelque vieux que l'on soit. Ah!... dans le fait, moi-même non plus, je ne me trouve pas en bonne santé.

lélio. Qu'y a-t-il? Eh! c'est mademoiselle Lisette! Je pense, ma petite folle, que tu aurais pu te donner la peine de venir me trouver dans ma chambre.

Lisette. Votre très humble servante! C'aurait été s'aventurer trop loin dans le camp de l'ennemi. Ce lieu-ci est neutre. Ici, je puis braver vos attaques.

lélio. Ah ! qui voudra hasarder l'attaque te vaincra en tous lieux.

lisette. C'est dommage qu'on ne vous entende pas! Autrement, je vous remercierais de l'excellent avertissement. Mais, au fait. J'ai une singulière nouvelle à vous dire.

lélio. Bien! Venons-en au chapitre des nouveautés. J'ai aussi une très drôle de nouvelle à te raconter.

lisette. La mienne est cependant encore bien plus drôle.

lélio. Impossible! Que gageons-nous?

lisette. Foin des gageures! Vous n'êtes pas homme à me rien donner.

lélio. Eh! tu es folle. Attends seulement que ma cousine meure. Alors...

lisette. Oh ! elle a encore beaucoup à vouloir avant sa mort.

lélio. Tu parles comme si tu savais déjà ce que je te voulais dire.

lisette. Allons! Parlez : qu'est-ce donc?

lélio. D'abord ta nouveauté.

lisette. Donc, la voici. Votre cousine,..

lélio. Ma cousine...

lisette. Va se marier.

lélio. Va se marier. C'est là ce que je voulais aussi te dire. D'où diable le sais-tu déjà? Ce n'est qu'à la minute que madame Oronte vient de me l'apprendre, en me promettant aussi de faire tous ses efforts pour empêcher ce mariage.

lisette. Oh! quand elles ont pris de telles résolutions, les vieilles filles sont tenaces.

lélio. Mais, que diable mes créanciers vont-ils dire de cela? Eux qui me venaient en aide si charitablement,

à douze pour cent, clans l'espoir que je serais un jour son héritier universel.

lisette. C'est l'affaire des créanciers. Pourquoi vous en affliger?

lélio. Ce n'est pas pour ceux qui sont déjà mes créanciers que je m'afflige beaucoup. C'est pour ceux qui auraient pu encore le devenir. De quelles espérances pourrai-je les leurrer.

lisette. D'espérances du même calibre que votre héritage : sans cela vous courriez le risque d'être obligé de les payer un jour.

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