SCÈNE VI
STALÉNO, LÉLIO, MASCARILLE
lélio. Monsieur, j'allais à l'instant même prendre la liberté de me mettre à votre recherche. J'ai appris de M. Philto les sentiments de votre pupille pour ma sœur. Ne croyez pas que j'eusse assez peu de cœur, pour ne pas être extraordinairement peiné que mes fautes rendissent ces sentiments stériles. Il est vrai que mes écarts m'ont horriblement mis bas ; mais l'imminence de la pauvreté m'effraie beaucoup moins que le remords que j'éprouverais à l'endroit d'une sœur chérie, si je ne cherchais pas, par tous moyens, à détourner d'elle, autant qu'il est encore possible, le malheur que ma folie lui a attiré. Réfléchissez donc, monsieur Staléno, si l'offre que je vais vous faire peut mériter quelque attention.
Peut-être n'ignorez-vous pas que mon vieux parrain m'a laissé par son testament une métairie assez considérable. Je la possède encore; seulement — comme vous pouvez facilement le supposer — elle est grevée de quelques dettes. Malgré cela, le revenu annuel en serait encore à peu près suffisant pour me faire vivre. Je l'abandonne avec joie à ma sœur. Votre neveu a assez d'argent pour la dégrever, et y entreprendre les améliorations dont elle est susceptible. Ce serait ainsi comme une compensation au défaut de dot, le seul et unique obstacle pour vous, à ce que m'a dit M. Philto.
mascaeille. (Bas, à Lélio.) Êtes-vous fou, monsieur Lélio?
lélio. Silence!
mascaeille. La seule chose qui vous reste?...
lélio. Ai-je cà discuter avec toi?
mascaeille. Voulez-vous ensuite aller mendier?
lélio. Je veux faire à ma guise...
staléno. {A fart.) C'est à considérer. — Oui , monsieur Lélio , le manque absolu de dot m'a seul arrêté; avec quelque plaisir, du reste, que j'eusse vu ce mariage s'accomplir. Si donc la proposition que vous me faites était sérieuse, j'en tiendrais compte.
lélio. Tout à fait sérieuse, monsieur Staléno.
mascaeille. Retirez donc votre parole.
lélio. Te...
mascaeille. Réfléchissez donc...
lélio. Encore un mot, et...
staléno. Mais, avant tout, monsieur Lélio, il faudrait me coucher par écrit cette offre et une liste exacte de toutes les dettes dont yous avez grevé la métairie. Avant cela, rien de fait...
lélio. Bien, à l'instant je vais vous dresser l'un et l'autre... Quand pourrai-je vous revoir?
staléxo. Yous me trouverez toujours chez moi.
lélio. En attendant, adieu. (Il sort.)