SCÈNE XII ANSELME, un autre portefaix
le portefaix. Qu'y a-t-il pour votre service, monsieur ?
Anselme. Voulez-vous gagner un bon pourboire, mon ami?
le portefaix. Cela ferait bien mon affaire.
axselme. Prenez vite ce coffre, et menez-moi chez le négociant Lélio.
le portefaix. Chez le négociant Lélio ?
Anselme. Il habite dans cette rue , la maison nouvelle du coin.
le portefaix. Dans toute la ville, je ne connais pas de négociant du nom de Lélio. C'est quelqu'un d'autre qui habite la nouvelle maison du coin, là, au dessous.
Anselme. Eh! que non ! C'est Lélio qui y demeure; auparavant il habitait cette maison-ci qui lui appartient aussi.
le portefaix. Je comprends à présent, qui vous voulez dire. Vous voulez parler du débauché Lélio. Oh! je le connais bien.
anselme. Quoi? Le débauché Lélio?
le portefaix. Eh, certes! Toute la ville le nomme ainsi ; pourquoi l'appellerais-je autrement? Son père, c'était le vieil Anselme. C'était un vilain avare qui ne pouvait jamais assez accumuler. Il est parti en voyage, il y a beaucoup d'années, Dieu sait pour où! En attendant; qu'il lui soit arrivé malheur à l'étranger, ou même qu'il ait déjà mordu le gazon, son fils est devenu ici quelque chose de propre. Il en est même arrivé peu à peu à la lie : mais c'est justice. Ah ! père avare, fils prodigue. La petite maison, à ce que j'ai appris, il vient même de la vendre...
Anselme. Quoi? De la vendre?... Tout s'éclaircit»
Ah ! maudit Mascarille ! ... Ah ! malheureux père que je suis ! Oh ! fils sans cœur, fils dépravé !
le poktefaix. Eh! Vous n'êtes cependant pas le vieil Anselme lui-même? Si vous l'êtes, ne m'en veuillez pas : je ne vous avais vraiment pas reconnu. Sans cela, je n'aurais pas laissé échapper ce nom de vilain avare. Il n'est écrit sur le nez de personne qui il est. Veuillez cependant encore me faire gagner le pourboire.
Anselme. Vous le gagnerez, mon bon ami, vous le gagnerez. Dites-moi vite s'il est effectivement vrai qu'il ait vendu la maison, et à qui il l'a vendue.
le poetefaix. Au vieux Philto.
axselme. A Philto?... Oh! homme sans honneur, est-ce là ton amitié?... Je suis trahi, je suis perdu!... Maintenant il niera tout...
le portefaix. Les gens le lui ont assez imputé à mal de s'être mêlé de l'acheter. N'aurait-il pas dû en votre absence, tenir la place d'un tuteur auprès de votre fils? Un joli tuteur? C'était mettre le loup clans la bergerie. Le reste de sa vie, on le considérera comme un homme cupide : mais un corbeau est toujours un corbeau... Je le vois venir : je laisse là le pourboire, les gens sont trop étranges quand ils apprennent qu'on les connaît. {Il s'en va.)