‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 114 sur 189 · SGANARELLE, LEANDRE · texte numérisé non relu

SGANARELLE, LEANDRE

Sganarelle , regardant son argent.

Ma foy, cela ne va pas mal, et, pourveu que...

Leandre.

Monsieur, il y a long temps que je vous attens, et je viens implorer vostre assistance.

Sganarelle, luy prenant le poignet.

Voila un pous qui est fort mauvais.

Leandre.

Je ne suis point malade. Monsieur, et ce n'est pas pour cela que je viens à vous.

Sganarelle.

Si vous n'estes pas malade, que diable ne le dites-vous donc ?

Leandre.

Non. Pour vous dire la chose en deux mots, je m'appelle Leandre, qui suis amoureux de Lucinde, que vous venez de visiter; et, comme, par la mauvaise humeur de son père, toute sorte d'accez m'est fermé auprès d'elle, je me hazarde à vous prier de vouloir servir mon amour, et de me donner lieu d'exécuter un stratagème que j'ay trouvé pour luy pouvoir dire deux mots d'où dépendent absolument mon bon-heur et ma vie.

Sganarelle, paroissant en colère.

Pour qui me prenez-vous? Comment! oser vous

2o6 LE MEDECIN MALGRE-LUY.

adresser à moy pour vous servir dans vostre amour, et vouloir ravaler la dignité de médecin à des emplois de cette nature !

Leandre.

Monsieur, ne faites point de bruit.

Sganarelle , en le faisant reculer.

J'en veux faire, moy Vous estes un impertinent...

Leandre.

Hé! Monsieur, doucement.

Sganarelle.

Un mal avisé.

Leandre.

De grâce !

Sganarelle.

Je vous apprendray que je ne suis point homme à cela, et que c'est une insolence extrême... Leandre, tirant une bource qu'il luy donne. Monsieur !

Sganarelle.

De vouloir m'employer... ( Tenant la bource.) Je ne parle pas pour vous, car vous estes honneste homme, et je serois ravy de vous rendre service. Mais il y a de certains impertinents au monde qui viennent prendre les gens pour ce qu'ils ne sont pas, et je vous avoue que cela me met en colère. Leandre.

Je vous demande pardon, Monsieur, de la liberté que...

Sganarelle.

Vous vous mocquez ! Dequoy est-il question ?

Leandre.

Vous sçaurez donc. Monsieur, que cette mala-

Page 1