‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 127 sur 189 · ACTE III, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VI

LUCINDE

Non, toutes vos raisons ne gagneront rien sur mon ame.

Geronte.

Tu épouseras Horace dés ce soir.

LuCINDE.

J'épouseraj plustost la mort.

Mon Dieu, arrestez-vous, laissez-moy médicamenter cette affaire. C'est une maladie qui la tient, et je sçais le remède qu'il y faut apporter Geronte.

Seroit-il possible , Monsieur, que vous puissiez aussi guérir cette maladie d'esprit?

Sganarelle.

Oûy, laissez-moy faire, j'ay des remèdes pour tout; et nostre apothiquaire nous servira pour cette cure. {Il appelle V apothiquaire et luy parle.) Un mot. Vous voyez que l'ardeur qu'elle a pour ce Leandre est tout à fait contraire aux volontez du père, qu'il n'y a point de temps à perdre , que les humeurs sont fort aigries, et qu'il est nécessaire de trouver promptement un remède à ce mal, qui pourroit empirer par le retardement. Pour moy, je n'y en vois qu'un seul , qui est une prise de fuitte purgative , que vous meslerez comme il faut avec deux drachmes de matrimonium en pilules. Peut-estre fera-t-elle quelque difficulté à prendre ce remède; mais, comme vous estes habile homme dans vostre métier , c'est à vous de l'y résoudre et luy faire avaller la chose du mieux que vous pourrez. Allezvous-en luy faire faire un petit tour de jardin, afin

de préparer les humeurs, tandis que j'entretiendray ky son père; mais sur tout ne perdez point de temps. Au remède, viste au remède spécifique!

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