ACTE III, SCENE VI
LUCINDE
Non, toutes vos raisons ne gagneront rien sur mon ame.
Geronte.
Tu épouseras Horace dés ce soir.
LuCINDE.
J'épouseraj plustost la mort.
Mon Dieu, arrestez-vous, laissez-moy médicamenter cette affaire. C'est une maladie qui la tient, et je sçais le remède qu'il y faut apporter Geronte.
Seroit-il possible , Monsieur, que vous puissiez aussi guérir cette maladie d'esprit?
Sganarelle.
Oûy, laissez-moy faire, j'ay des remèdes pour tout; et nostre apothiquaire nous servira pour cette cure. {Il appelle V apothiquaire et luy parle.) Un mot. Vous voyez que l'ardeur qu'elle a pour ce Leandre est tout à fait contraire aux volontez du père, qu'il n'y a point de temps à perdre , que les humeurs sont fort aigries, et qu'il est nécessaire de trouver promptement un remède à ce mal, qui pourroit empirer par le retardement. Pour moy, je n'y en vois qu'un seul , qui est une prise de fuitte purgative , que vous meslerez comme il faut avec deux drachmes de matrimonium en pilules. Peut-estre fera-t-elle quelque difficulté à prendre ce remède; mais, comme vous estes habile homme dans vostre métier , c'est à vous de l'y résoudre et luy faire avaller la chose du mieux que vous pourrez. Allezvous-en luy faire faire un petit tour de jardin, afin
de préparer les humeurs, tandis que j'entretiendray ky son père; mais sur tout ne perdez point de temps. Au remède, viste au remède spécifique!