‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 167 sur 189 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

D. Pedre.

Oùy; mais je suis bien aise de vous voir toujours avec moy. Il n'est pas mal de s'assurer un peu contre les soins des surveillans; et cette nuit encore on est venu chanter sous nos fenestres. Isidore.

Il est vray, la musique en estoit admirable.

D. Pedre.

C'estoit pour vous que cela se faisoit?

Isidore.

Je le veux croire ainsi , puis que vous me le dites.

D. Pedre.

Vous sçavez qui estoit celuy qui donnoit cette sérénade?

Isidore.

Non pas; mais, qui que ce puisse estre , je luy suis obligée.

D. Pedre.

Obligée !

Isidore.

Sans doute, puis qu'il cherche à me divertir.

D. Pedre.

Vous trouvez donc bon qu'on vous aime ?

Isidore.

Fort bon : cela n'est jamais qu'obligeant.

D. Pedre.

Et vous voulez du bien à tous ceux qui prennent ce soin?

Isidore.

Assurément.

D. Pedre.

C'est dire fort net ses pensées.

Isidore.

A quoy bon de dissimuler? Quelque mine qu'on fasse, on est toujours bien aise d'estre aimée : ces hommages à nos appas ne sont jamais pour nous déplaire. Quoy qu'on en puisse dire, la grande ambition des femmes est, croyez-moy, d'inspirer de l'amour. Tous les soins qu'elles prennent ne sont que pour cela, et l'on n'en voit point de si fiére qui ne s'aplaudisse en son cœur des conquestes que font ses yeux.

D. Pedre.

Mais, si vous prenez, vous, du plaisir à vous voir aimée, sçavez-vous bien, moy qui vous aime, que je n'y en prens nullement?

Isidore.

Je ne sçay pas pourquoy cela ; et, si j'aimois quelqu'un, je n'aurois point de plus grand plaisir que de le voir aimé de tout le monde. Y a-t'il rien qui marque davantage la beauté du chois que l'on fait, et n'est-ce pas pour s'aplaudir que ce que nous aimons soit trouvé fort aimable? D. Pedre.

Chacun aime à sa guise, et ce n'est pas là ma méthode. Je seray fort ravy qu'on ne vous trouve point si belle, et vous m'obligerez de n'affecter point tant de la paroistre à d'autres yeux. Isidore.

Quoy! jalous de ces choses-là?

D. Pedre.

Oùy, jalous de ces choses-là, mais jalous comme

Page 1