‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 179 sur 189 · SCENE XII. 3oî · texte numérisé non relu

SCENE XII. 3oî

Adraste , aux genoux d'Isidore, pendant que D. Pedre parle à Hali.

Oùy , charmante Isidore, mes regards vous le disent depuis plus de deux mois, et vous les avez entendus : je vous aime plus que tout ce que l'on peut aimer, et je n'ay point d'autre pensée, d'autre but, d'autre passion, que d'estre à vous toute ma vie.

Isidore.

Je ne sçay si vous dites vray, mais vous persuadez.

Adraste.

Mais vous persûaday-je jusqu'à vous inspirer quelque peu de bonté pour moy ?

Isidore.

Je ne crains que d'en trop avoir.

Adraste.

En aurez-vous assez pour consentir, belle Isidore, au dessein que je vous ay dit?

Isidore.

Je ne puis encore vous le dire.

Adraste.

Qu'attendez-vous pour cela?

Isidore.

A me résoudre.

Ah! quand on aime bien, on se résout bientost.

Isidore.

Hé bien ! allez, oûy, j'y consens.

Adraste.

Mais consentez-vous, dites-moy , que ce soit dés ce moment mesme?

3o4 LE SICILIEN.

Isidore.

Lors qu'on est une fois résolu sur la chose, s'arreste-t'on sur le temps ?

D. Pedre, à Hall.

Voila mon sentiment, et je vous baise les mains.

Hali, Seigneur, quand vous aurez receu quelque soufflet, je suis homme aussi de conseil, et je pourray vous rendre la pareille.

D. Pedre.

Je vous laisse aller sans vous reconduire ; mais entre cavaliers cette liberté est permise. Adraste.

Non, il n'est rien qui puisse effacer de mon cœur les tendres témoignages... (D. Pedre appercevant Adraste qui parle de prés à Isidore.) Je regardois ce petit trou qu'elle a au costé du menton, et je croyois d'abord que ce fût une tache. Mais c'est assez pour aujourd'huy, nous finirons une autre fois. {Parlant à D. Pedre.) Non, ne regardez rien encore ; faites serrer cela, je vous prie. {A Isidore.) Et vous, je vous conjure de ne vous relâcher point, et de garder un esprit gay pour le dessein que j'ay d'achever nostre ouvrage.

Isidore.

Je conserveray pour cela toute la gayeté qu'il faut.

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