‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 181 sur 716 · ACTE 1, SCÈ2i£ II. 3l · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈ2i£ II. 3l

Vous rai-]e confié pour eu faii« un ingrat , Pour être , sous son nom , les maîtres de TÉtat? Certes , ]^as je médite , ei moins je me figure Que TOUS m'osiez compter pour votre créature ; Vous , dont j'ai pu laisser vieillir l'ambition Dans les honneais obsours de quelque légion ; ICt moi y qui sur le trône ai suivi mes ancâtres , Moi y fille y femme , smir» et mère de vos maîtres. Que prétendez- vous dmie? Pensez-vous que ma voix Ait fait nn empereur pmur m'en imposer tn^^.^* Néron n'est plus çfifimt : n'est*!! pas temps qu'il règue? Jusqu'à quand vouleX^vous que l'empereur vous craigne? Ne saurait-il rien voir qu'il n'emprunte vos yeux ? Pour se conduire enfin n'a-i-il pas ses aïeux? Qu'il choisisse , s'il veut , d'Auguste ou de Tibère ; Qu'il imite , s'il peut, Germanicus mon père. Parmi tant de héros je n'ose me placer; Mais fl est des vertus que je hii puis tracer : Je puis rinstruire an moins combien sa confidence Entre im sujet et lui doit laisser de distaaoe.

Je ne m'étais chargé dans cette occasion Que d'excuser César d'une seule action : Mais puisque , sans vouloir que je le jiutifie , Vous me rendez garant du reste de sa vie , Je répondrai, madame, avec la liberté D'un soldat qui sait mal farder la vérité.

Vous m'avez de César confié la jeunesse ; Je l'avoue » et je dois m'en souvenir sans cesse. Mais vous avais-je fait serment de le traliir. D'en fiôre un empereur qin ne sût qu'obéir? Non. Ce Ji'est plus à vous qu'il ûiut que j'en réponde ; Ce n'est plus votre filç , c^est le maître du monde. J'enadois compte , madame , à l'empire romain , Qui croit vrâr son salut ou sa perte en ma main. Ah! si dans l'igiQoranoe fl le fiiUait instruire, N'avaifron que SéiAqne et moi pour le séduire? Pourquoi- de sa conduite éloigner les flatteurs.^ FàUait-ii dans l'exil chercher des corrupteurs? La cour de Claudine , en esclaves fertile , Pour deux que l'on cherchail en eût présenté mille ,

270 feRITANNiCUS.

Qui tous auraient brigué rhotineur de Tavilir : Dans une longue enfance ils l'auraieiU fait vieillir. De quoi vous plaignez- vous , madame? On vous révère . Ainsi que par César, on jure par sa mère. L'empereur, il est vrai , ne vient idus chaque jour Mettre à vos pieds Tempire , et grossir v^mâsOT: Mais le doit-il , madame? et sa reconnaissance Ne peut-elle édalér que dans sa dépendance ? Toujours hiunble, toujours le timide Néron N*ose-t-il être Auguste et César que de nom ? Vous le dirai-je enfin ? Rome le justifie. Kome, à trois affranchis si long-temps asservie, A peine respirant du joug qu'elle a prâté» Du règne de Néron compte sa liberté.

Que dis-Je? la vertu semble même rena!^. Tout Tempire n'est phis la dépouille d'un maître : Le peuple au champ de Mars nomme ses magistrats : César nomme les chefe sur la foi des soldats : Thraséas au sénat, Corbulon dans l'armée , Sont encore innocents , malgré leur renommée : r^es déserts , autrefois peuplés de sénateurs , Ne sont plus habités que par leurs délateurs. Qu'importe que César continue k nous croire , l\>urvu que nos conseite ne tendent qu'à sa gloire ; Pourvu que dans le cours d'un règne florissant Rome soit toigours libre , et César tout-puissant?- Mais , madame, Néron suffit pour se conduire. J'obéis / sans prétendre à l'honneur de l'instruire. Sur ces aïeux , sans doute , il n'a qu'à se r^ler ; Pour bien faire, Néron n'a qu'à se ressembler. Heureux si ses vertus Tune à l'autre enchaînées Ramènent tous les ans ses premières années !

AGRiPPlNfi.

Ainsi , sur l'avenir n'osant vous assurer, «

Vous croyez que sans vous Néron va s'égarer. Mais vous , qui jusqu'ici content de votre ouvrage , Venez de ses vertus nous rendre témoignage, fcixpliquez-nous pourquoi, devenu ravisseur, Néron de Silanus fait enlever la sœur?

Ne tient-il qu'à marquer de cette ignominie Le sang de mes aïeux qui brille dans Juniu ,

Page 1