‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 199 sur 716 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

JONIE.

Retifo-Tous , se^neur, et fuyez un courroux Que ma perséYérance allume contre vous.

Néron est irrité. Je me suis échappée, Tandis qu'à l'arrêter sa mère est occupée. Adieu ; résenrei-vous , sans blesser mon amour, An plaisir de me voir Justifier un jour. Votre image sans cesse est présente à mon &me ; Rien ne l'en peut bannir.

BRir^NNICUS.

Je vous entends^ madame; Vous voulez que ma ftiite assure vos désirs , Que je laisse un champ libre à vos nouveaux soupii^. Sans doute , en me voyant , une pudeur secrète Ne vous laisse goûter qu'une joie inquiète. Eh bien « il faut partir I

joraE.

Seigneur, sans m'imptiler...

BRITAHNICUS.

Ah 1 VOUS deviez du moins plus longtemps disputer.

Je ne murmure point qu'une amitié commune

Se range du parti que flatte la fortune;

Que Féclal d'un empire ait pu vous éblouir;

Qu'aux dépens de ma sœur vous en vouliez jouir :

Mais que , de ces grandeurs comme une autre occupée »

Vous m'en ayez paru si longtemps détrompée ;

Non , je l'avoue encor, mon cœur désespéré

Contre ce seul malheur n'était point préparé.

J'ai vu sur ma ruine élever Tinjustice;

De mes persécuteurs j'ai vu le cid complice :

Tant d'horreurs n'avaient point épuisé son courruuK ,

ACX«; lU, SCÊMË vu. 245

Madame ; il me restait d*ètre oublié de vous.

JUMIS.

Dans un temps pins heureux , ma juste impatience Voas ferait repentir de votre défiance : Mais Néron tous menace; en ce pressant danger, Seigneur, j'ai d'autres soins que de tous affliger. Allez, rassurez-Yous, et cessez de vous plaindre; Néron nous écoutait, et m'ordonnait de feindre,

BRITANNICDS.

Quoi I le cruel.-

Témoin de Umt notre entretien,.

D'un visage sévère examinait le mien , Prêt à faire sur vous édater la vengeance D'un geste confident de notre intelligence.

• imrrANNicus.

Néron nous écoutait , madame î Mais , hélas ! Vos yeux auraient pu fdndre et ne m'abuser pas : lis pouvaient me nommer l'auteur de cet outrage. L'amour est-il muet, ou n'a-t-Uqu'un langage? De quel trouble un regard pouvait me préserver ! 11 fallait...

JUNIE

Il fallait me taire et vous sauver.

Ck)oibien de fois , hélas I puisqu'il faut vous le dire , Mon coeur de son désordre allait-il vous instruire ! De combien de soupirs interrompant le cours, Ai-je évite vos yeux que je cherchais toujours ! Qud tourment de se taire en voyant ce qu'on aime , De l'entendre gémir, de l'affliger soi-même , Lorsque par un regard on peut le consoler ! Mais quels pleurs ce regard auraltil fait couler ! Ahl dans ce souvenir, inquiète, troublée, Je ne me sentais pas assez dissimulée : De mon front dfrayé je craignais la pâleur ; le trouvais mes regards trq) pleins de ma douleur :• Sans cesse il me semblait que Néron en colère Me venait reprocher trop de soin de vous plaire : Je craignais mon amour vainement renrermé; Enfin , j'aurais voulu n'avoir jamais aimé. Hélas! pour son bonheur, seigneur, et pour le nôtre, .

MA BRIÏÂNNICUS.

Il n'est que trop instruit de mon coeur d du fôIre! Allez , encore un coup , cachez-vous à ses yeux : Mon cœur plus à loisir vous édaircira mieux. De mille autres secrets j'aurais compte à vous rendre.

BniTANincus.

Ali ! n'en voilà que trop : c'est trop mt feire entendre » Madame , mon bonheur, mon erioM , vos bontés. Et savez-Tous pour moi tout ce que tous qoitlei ?

(se jetant tux pieda de Jvnie. ) <îuand pourrai-Je à vos pieds expier ce reprocbe!

JUNIB.

Que faites-TOttS? Hâas f votre rival s'approche.

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