‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 32 sur 716 · CRÉON, ATTALE · texte numérisé non relu

CRÉON, ATTALE

L'intérêt des Thébains n'est pas ce qui vous touclie , Dédaigneuse prmcesse ; et cette âme faroiiche , Qui semble me flatter après tant de mépris. Songe moms à la paix qu'au retour de mon fils. Mais nous verrons bientôt si la fière Antigone Aussi bien que mon cœur dédaignera le trône; Nous verrons, quand les dieux m'auront fait votre roi, Si ce fils lûenheureux l'emportera sur moi.

ATTALE

Eh ! qui n'admû-erait un changement si rare? Créon même, Créon pour la paix se déclare 1

CRÉON

Tu crois donc que la paix est l'objet de mes soins?

ATTALE

Oui , je le crois , seigneur, quand j'y pensais le moins ;

)8 Lies FKÊnES ËlINElllfS.

Et, voyant qu'en eiïet ce beau soin vous anime, J*admirc à tout moment cet effort magnanime Qui vous fait mettre enfin votre haine au tombeau, Ménécée, en mourant, n'a rien fait de phis beau. Et qui peut immoler sa haine à sa patrie Lui pourrait bien aussi sacrifier sa vie.

CRÉOM.

Ah ! sans doute , qui peut , d'un généreux effort , Aimer son emiemi , peut bien aimer la mort. Quoi ! je négligerais le soin de ma vengeance. Et de mon ennemi je prendrais la défense l De la mort de mon fils Polynice est l'auteur. Et moi je deviendrais son l&che protecteur ! Quand je renoncerais à cette habe extrême, Pourrais-je bien cesser d'aimer le diadème? Non , non ; tu me verras d'une constante ardeur Haïr mes ennemis , et chérir ma grandeur. I^ trône fit toujours mes ardeurs les plus chères? Je rougis d'obéir où régnèrent mes pères *. Je brûle de me voir au rang de mes jueux , Et je l'envisageai dès que j'ouvris les yeux. Surtout depuis deux ans ce noble soin m'inspire , ie ne fais point de pas qui ne tende à l'empire : Des princes mes neveux j'entretiens la fureur. Et mon ambition autorise la leur.

D'Étéode d'abord j'appuyai l'injustice ; Je lui fis refuser le trône à Polynice. Tu sais que je pensais dès lors à m'y placer ; Et je l'y mis , Attale , afin de l'en chasser.

ATTALE

Mais , seigneur, si la guerre eut pour vous tant de charmes D'où vient que de leurs mains vous arrachez les armes? £t, puisque leur discorde est l'objet de vos vœux , Pourquoi, par vos conseils, vont-ils se voir tous deux?

CRÉON

Plus qu'âmes ennemis la guerre m'est mortelle, Et le courroux du ciel me la rend trop cruelle : 11 s'arme contre moi de mon propre dessein ; Il se sert de mon bras pour me percer le sein. L\ guerre s'allumait, lorsque , pour mon supplice, tlémon m'abandonna pour servir Polynice ;

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