‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 360 sur 716 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MITHRIDATE, MONIME, XIPHARÈS, ARBATE, ARCAS; GARDES qni Bootienoenl Mithridatc.

MONIVE.

Ah î que vois-je , seigneur, et quel sort est le vôtre I

MlTHRmATE.

Cessez et retenez vos larmes l'un et l'autre ;

(montrant Xipharès.)

Mon sort de sa tendresse et de votre amitié Veut d'autres sentiments que ceux de la pitié ; Et ma gloire , plutôt digne d'être admirée , Ne doit pomt par des pleurs être déshonorée. J'ai vengé l'univers autant que je l'ai pu : La mort dans ce projet m'a seule interrompu. Ennemi des Romams et de la tyrannie , J e n'ai point de leur joug subi l'ignominie ; lit j'ose me flatter qu'entre les noms fameux Qu une pareille haine a signalés contre eux , Nul ne leur a plus fait acheter la victoire , Ni de jours malheureux plus rempU leur histoire. Le ciel n'a pas voulu qu'achevant mon dessein , Rome en cendre me vit expirer dans son sein : Mais au moins quelque joie en mourant me console j J'expire environné d'ennemis que j'immole; Dans leur sang odieux j'ai pu tremper mes mains; Et mes derniers regards ont vu fuir les Romains. A mon fils JCipharès je dois cette fortune;

438 BIITURIDATË.

H épargne à rua mort leur présence imporUine. Que ne puis-je payer ce service important De tout ce que mon trône eut de plus éclatant ! Mais vous me tenez lieu d'empire, de couronne ; Vous seule me restez : souffre? que je vous donne , Madame ; et tons ces vœux que j'exigeais de vous , Mon cœur pour Xipharès vous les demande tous.

MOHIMB.

Virez , seigneur, vivez pour le bonheur du monde , £t pour sa Ubertév qui sur vous seul se fonde ; Vivez pour triompher d*un ennemi vaincu , Pour venger...

MITHRIDATB.

C'en est dit y madame , et j'ai vécu.

Mon fils , songez à vous : gardez-vous de prétendre Que de tant d'ennemis vous puissiez vous défendre. Bientôt tous les Romains , de leur honte irrités , Viendront ici sur vous fondre de tous oOtés. Ne perdez point le temps que vous laisse leur fuite A rendre à mon tombeau des soins dont je vous quitte. Tant de Romainssans vie, en oent lieux dispersés. Suffisent à ma cendre et Thonorenl assez. Cachez-leur pour un temps vos noms et votre vie. Allez, réservez-vous...

XIPHARÈS

Moi , seigneur, que je fuie ?

Que Phamaoe impuni , les Romains triomphants , N'éprouvent pas Ùentôt...

MITHRIDATB.

Mon , je vous le défende.

Tôt ou tard il faudra que Pharnace périsse : Fiez-vous aux Romains du soin de son supplice. Mais je sens affaiblir ma force et mes esprits. Je sens que je me meurs.. . Approcbez*vous , mon fils ; Dans cet embrassement dont la douceur me flatte. Venez , et recevez r&me de Mithridate.

MONIME

Il expire.

XlPHARàS. ^

Ah madame ! unissons nos douleurs, Et par tout l'univers cherchons-loi des vengeurs.

Page 1