‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 400 sur 716 · BAJAZET, ATALIDE · texte numérisé non relu

BAJAZET, ATALIDE

' Eh bien 1 c'est maintenant qu'il faut que je tous laisse. Le dél punit ma feinte , et confond votre adresse ; Rien ne m'a pu parer contre ses derniers coups : 1 1 fallait ou mourir, ou n'être plus à vous. De quoi nous a servi cette indigne contrainte? Je meurs plus tard : voilà tout le fruit de ma feiutêi Je vous l'avais prédit : mais vous l'avez voulu ; J'ai reculé vos pleurs autant que je l'ai pu. Belle Atalide , au nom de cette complaisance , Daignez de la sultane éviter la présence : Vos pleurs vous trahiraient; cachez-les à ses yeux , Et ne prolongez point de dangereux adieux.

ATAUDE.

Non , seigneur. Vos bontés pour une infortunée Ont assez disputé contre la destinée.

Il vous en coûte trop pour vouloir m'épargner : II fout vous rendre; il faut me quitter, et régner.

BA/AZET.

Vous quitter!

ATALIDE

Je le veux. Je me stiis consultée De mille soins jaloux jusqu'alors agitée , 11 est vrai , je n'ai pu concevoir sans eOroi Qne Bajazet pût vivre et n'être plus à moi ; Et lorsque quelquefois de ma rivale heureuse Je me représentais l'image douloureuse , Votre mort (pardonnez aux fureurs des amants). Ne me paraissait pas le plus grand des tourments. Mais à mes tristes yeux votre mort préparée

3M BAJAZIlT.

Dans toute son horreur ne s'était pas montrée : Je ne vous voyais pas , ainâ que je vous vois , Prêt à me dire adieu pour la dernière fois. • Seigneur, je sais trop bien avec quelle ooustance Vous allez de la mort affronter la présence; Je sais que votre cceur se lait quelques plaisirs De me prouver sa foi dans ses derniers soupirs : Mais y hâasf épargnez une âme plus timide; Mesurez vos malheurs aux forces d*Âtalide; Kt ne m'exposez point anx plus vives douleurs Qui jamais d'une amante épuisèrent les pleurs.

l'U que deviendrez- vous , si , dès cette journée , Jo célèbre à vos yeux ce funeste hyménée?

4TALIDE.

Ne vous informez pointée que je deviendrai. Peut-être à mou destin, seigneur, j'obéiraî. Que sais-je?à ma douleur je chercherai des ckiariucs ; Je songerai peut-être , au milieu de mes larmes. Qu'à vous perdre pour moi vous étiez résolu , Que vous vivez , qu'enfin c'est moi qui l'ai voula.

Non , vous ne verrez point cette fête cnielle.

Plus vous me commandez de vous être infidèle ,

Madame , plus je vois oombieu vous méritez

De ne point obtenir ce que vous sonhaitez.

Quoi ! cet amour si tendre , et né dans notre enfance»

Dont les feux avec nous ont crû dans le silence ;

Vos larmes, que ma main pouvait seule arrêter;

Mes serments redoublés de ne vous point quitter :

Tout cela finirait par une perfidie ?

J'épouserais , et qui ? s'il faut que je le die ,

Une esclave attachée à ses seuls intérêts ,

Qui présente à mes yeux les supplices tout prêts ,

Qui m'offre ou son hymen, ou la mort infaillible ,

Taudis qu'à mes périls Atalide sensible ,

Et trop digne du sang qui lui donna le jour.

Veut me sacrifier jusques à son amour?

Ah ! qu'au jaloux sultan ma tête soit portée.

Puisqu'il fuut à ce prix qu'elle soit rachetée.

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