ACTE 11, SCÈiNE Y. li^i
ATALIDB.
Sdgneur , vous pourriez vivre , et ne me poiut trahir.
Parlez. Si je le puis ^ je suis pr6t d*obéir.
ATAUDE.
La sultane vous aime : et , malgré sa colèie. Si vous preniez , seigneur, plus de soin de lui plaire; Si vos soupirs daignaient lui faire pressentir Qu*iin jour...
Je VOUS entends : je n'y puis consentir Ne VOUS figurez point que , dans cette journée , D'un lâche désespoir ma vertu consternée Craigne les soins d'un trdne où je pourrais monter. Et par un prompt trépas cherche à les éviter. J'écoute trop peut-^tre une imprudente audace : Mais y sans cesse occupé des grands noms de ma race.*, J'e^>érai3 que , fuyant un indigne repos, Je prendrais quelque place entre tant de héros. Mais y quelque ambition , quelque amour qui mç brAle, Je ne puis plus tromper une amante crédule. En vain , pour me sauver, je vous l'aurais promis :
Et ma l)ouche et mes yeux , du mensonge ennemis ,
Peut-être , dans le temps que je voudrais lui plaire ,
Feraient par leur désordre un effet tout contraire ;
Et de mes froids soupirs ses regards offensés
Verraient trop que mon cœur ne les a point poussés.
Oh dcl! combien de fois je l'aurais éclaircie,
Si je n'eusse à sa haine exposé que ma vie ;
Si je n'avais pas craint que ses soupçons jaloux
N'eussent tr(^ aisément remonté jusqu'à vous !
Et j'irais l'abuser d'une fausse promesse ?
Je me parjurerais ? et , par cette bassesse...
Ah ! loin de m'ordouner cet indigne détour.
Si votre cœur était moins plein de son amour,
Je vous verrais, sans doute , en rougir la première.
Mais, pour vous épargner une injuste prière ,
Adieu , je vais trouver Roxane de ce pas ;
Et ie vous quitte.
ATALIDE
Et moi , je ne vous quitte pos.
Venez, cruel, veuez, je vais vous y conduire; Et de tous nos secrets c'est moi qui veux Tinstniire. Puisque, malgré mes pleurs, mon amant furieux Se fiiit tant de plaisir d'expirer à mes yeux , Roxane, malgré vous, nous joindra Tun et l'autre : Elle aura plus de soif de mon sang que du vôtre ; Et je pourrai donner à vos yeux efïîrayés Le spectacle sanglant que vous me prépariez.
Oh ciel ! que fiiites-vous?
ATALIDE
Cruel ! pouvez-yous croire Que je sois moins que vous jalouse de ma gloire ? Pensez-vous que cent fois , en vous faisant parler. Ma rougeur ne fût pas prête à me déceler ? Mais on me présentâdt votre perte prochaine. Pourquoi faut-il , ingrat , quand la mienne est certaine , Que vous n'osiez pour moi ce que j'osais pour vous ? Peut-être U suffira d'un mot un peu plus doux : Roxane dans son cœur peut-être vous pardonne. Vous-même , vous voyez le temps qu'elle vous domie : A-trcUe , en vous quittant , fait sortir le vizir? Des gardes à mes yeux viennent-ils vous saisir ? Eufm , dans sa fureur implorant mon adresse , Ses pleurs ne m'ont-ils pas découvert sa tendresse P Peut-être elle n'attend qu'un espoir incertain Qui lui fasse tomber les armes de la main. Allez , seigneur, sauvez votre vie et la mienne.
Eh bien... Mais quels discours faut-il que je lui tienne?
ATALIOE.
Ah ! daignez sur ce choix ne me point consulter. L'occasion , le ciel pourra vous les dicter. Allez : entre elle et vous je ne dois point paraître ; Votre trouble ou le mien nous ferait reconnaître. Allez : encore un coup , je n'ose m'y trouver : Dites... tout ce qu'il faut , seigneur, pour vous sauver.