‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 462 sur 716 · SCÈNE XIL · texte numérisé non relu

SCÈNE XIL

ATAUDE, ZAmE.

ATAUDE.

Enfin , c*eu est donc fait ; et , par mes artifices , Mes injustes soupçons , mes fimestes caprices , Je guis donc arrivée an dooloureux moment Où je Tois par mon crime expirer mon amant ! N'était-ce pas assez ^ cruelle destinée , Qu'à lui sunriTre , hélas ! je fusse condamnée ? Et fidlait-il encor que, pour comble d'horreurs , Je ne pusse imputer sa mort qu'à mes fureurs? Oui , c'est moi , cher amant , qui t'arrache la vie ; Roxane ouïe sulta^i ne te l'ont point ravie; Moi seule j'ai tissu le lien malheureux Dont tu Tiens d'éprouTer les détestaUes nœuds. Et je puis , sans mourir, en souf&ir la pensée. Moi qui n'ai pu tantôt, de ta mort menacée, Retenir mes esprits prompts à m'abandonner 1 Ah ! u'ahje eu de l'amour que pour t'assassiner ? Mais c'en est trop; il font, par on prompt sacrifire, Quemafidàle main te vengeet me punisse.

Vous , de qui j'ai troublé la gloire et le repos , Héros, qui deviez tous revivre en ce héros ; Toi , mère malheureuse, et qui , dès notre enfance , Me confias son CQBur dans une autre espérance , Infortuné vi^ir, amis dése^iérés , Roxane , venez tous, contre moi coiqurés. Tourmenter à la fois une amante éperdue , Et prenez la vengeance enfin qui vous est due.

(Elle se tue.)

Ah madamel... Elle expire. Ohciell en ce malheur, Que ne puis-je avec elle expirer de douleui l

PRÉFACE DE MITHaiDATE.

II a*jr <> S^éte de nota plus connu que celui de Mltliridate : sa He eC sa mort font une partie considérable de rtdstolre romaine; et , sans compter les ▼Ictplres qifU a remportées , on peot dire que mcs seules défaites ont fait presque toute la gloire de trois des plus grands capitaines de la république, c'esCàsarolr, de Sylla, de LuctfUnSt et de Pompée. Ainsi ]e ne pense pas qull soit besoin de citer Ici mes auteurs : car, excepté qnel- «|ues éténements que J'ai un peu rapprochés par le droit que donne la poésie , toitt le monde reconnaîtra aisément que J'ai suItI rhlstolre arec beaucoup de fidélité. Sn effet* U n*7 a guère d'actions éclatantes dans la vie de Mltbrldate qui n'aient trouyé place dans ma tragédie. J'y al inséré tout ce qui pouralt mettre en Jour les mceurs et les sentiments de ec prince. Je Teux dire sa haine Ylolcnte contre les Romains, son grand courage , sa finesse , sa dissimulation , et enfin cette Jalousie qui lui était al naturelle, et qui a tant de fols coûté la Tle à ses maîtresses.

La seule chose qui pourrait n'être pas aussi connue que le reste , c'est le dessein que Je lui fais prendre de passer dans l'Italie. Comme ce dessein m'a fourni une ^ei scènes qui ont le plus réussi dans ma tragédie, je crois que le plaisir da lecteur pourra redoubler, quand II verra que presque tous les historiens ont dit ce que Je fais dire ici à Mitfaridate.

noms , Plutarque , et Mon Caasins , nomment les pays par oà U derait passer. Applen d'Alexandrie entre flus' dans le détail; et, après avoir marqué les facilités et les secours que Mltbrldate espérait trouver dans sa marcbe, il ajoute que ce projet fut le prétexte dont Phamace se servit pour faire révolter toute l'armée , et que les soldats , effrayés de l'entreprise de son père , la regardèrent comme le désespoir d'un prince qui ne cherchait qu'à périr avec éclat. Ainsi elle fUt en partie cause de sa mort , qui est l'action de ma tragédie.

J'ai encore lié ce dessein de plus près & mon sujet ; Je m'en suis servi pour faire connaître à Hithrldate les secAts sentiments de ses deux fils. On ne peut prendre trop de précaution pour ne rien mettre sur le théâtre qui ne soit très-nécessaire; et les plus belles scènes sont en danger d'ennuyer, du moment qu^on peut les séparer de l'action, et qu'elles rmterrompent, au Uen de la conduire vers sa fin.

Vold U réflexion que fait Dion Cassfais sur ce dessebi de BUthrldate : Cet homme , dit-Il, était véritablement né pour entreprendre de grandes ciMMes. Comme U avait souvent éprouvé lab<»me et la mauvaise fortune , II ne croyait rien au-dessus de ses espérances et de son audace , et ineaiiralt ses desseins bien pbn à la grandeur de son courage qu'an maovals état de ses affaires; bien résolu , si son entreprise ne réussissait point, de faire une fin digne d'un grand roi, et de s'ensevelir lui-même sous les ruines de son empire, plutôt que de vivre dans l'obscurité et dans la bassesse.

J'ai choisi Monlme entre les femmes que Hithrldate a aimées. Il paraît que c'est celle de toutes qui a été' la plus vertueuse, et quil a aimée le plus tendrement. Plutarque semme avoir pris plaisir à décrire le inallieur et les sentiments de cette princesse. Cest lui qui m'a donne

sa

412 MIÏHRIDATK.

Que Rome foilgenUr tout le poids de ses fers :

Et, de près inspiiaot les haines les plus fortes ,

Tes plus grands ennemis , Rome, sont à tes porte:».

Ah ! sTils ont pu choisir poor leur libératenr

Spartacos , un esclave*, nn yU gladiateur ;

S'ils suiTCnt an combat des brigands qui les vengent ;

De quelle noble ardeur pensez-Tous qu'ils se rangent

Sous les drapeaux d'un roi longtemps Yictorieux ,

Qui voit jusqu'à Cyrus remonter ses aïeux?

Que dis-je ? en quel état croyez-vous la surprendre ?

Vide de légions qui la puissent défendre.

Tandis que tout s'occupe à me persécuter.

Leurs fenunes, leurs enfants pourront-ils m'arrêtera

Marchons , et dans son sein rejetons cette guerre Que sa fureur envoie aux deux bouts de la terre ; Attaquons dans leun murs ces conquérants si fiers; Qu'ils tremblent à leur tour pour leurs propres foyers. Annibal l'a prédit , croyons-en ce grand homme : Jamais on ne vaincra tes Romains que dans Rome. Noymis-la dans son sang justement répandu : Brûlons ce Capitole où j'étais attendu : Détruisons ses honneurs , et faisons disparaître La honte de cent rois , et la mienne peut-être; Et, ta flamme h la main, effaçons tous ces noms Que Rome y consacrait à d'étemels affronts. Voilà l'ambition dont mon Ame est saisie. Ne croyez point pourtant qu'éloigné de F Asie J'en laisse les Romains tranquilles possesseurs : Je sais où je lui dois trouver des défenseurs ; Je veux que, d'ennemis partout enveloppée, Rome rappelle en vain te secours de Pompée. Le Parthe , des Romains comme moi la terreur, Consent de succéder à ma juste fureur; Prêt d'unir avec moi sa haine et sa famille , 11 me demande un fils pour époux à sa fille. Cet honneur vous regarde , et j'ai fuit choix de vous, Phamace : allez, soyez ce bienheureux époux. Demain, sans différer, je prétends que l'aurore Découvre mes vaisseaux déjà loin du Bosphore : Vous , que rien n'y retient , partez dès ce moment , Et méritez mon choix par votre empressement;

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