‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 559 sur 716 · SCÈNE UI · texte numérisé non relu

SCÈNE UI

PHÈDRE, a-XONE.

OéXO>'£.

11 faut d'un valu amour étoulTcr la fwnsée , " \

Madame ; rappelez votre vertu passée :

Le roi , qu*on a cru mort , va paraître à vos ycu\ ; <

Thésée est arrivé, Thésée est en ces Heiix.

Le peuple pour le voir court et se préci()itc.

Je sortais par votre ordre, et cherchais Hippoly le.

Lorsque jusques au ciel mille cris élancés. ..

HlfeORR.

Mon époux est vivant, Œnoiie; c'est assez. J'ai fait l'indigne aveu d'un amour qui Toulrage : il vit ; je ne veux {kis en savoir davantage.

OKNONE.

Quoi.?

i>iiKmiB.

Je te l'ai prétiit; mais tu n'as pas voulu : Sur mes justes remords tes pleurs ont prévalu : Jt mourais ce malin digne d'être pleur<^ ; J'ai suivi tes conseils; je meurs déshonorée.

OENONG.

Vous moui-cx.'

HIÎsDRE.

Juste ciel ! qu*ai-jc fait aujourd'hui.

Mon époux va paraître , et son fils avec lui ! Je verrai le témoin de ma flamme adultère Observer de quel front j*ose aborder son père , "Le cœur g^s de soupirs qu'il n'a ^wiiit écoutés,

528 PUKDUE.

L*œil humide de pleurs par Tingrat rebutés ! Penses-tu que , sensible à Thonneur de Thésée , Il lui cache l'ardeur dont je suis embrasée? Laissera-t-il trahir et son père et son roi ? Poarra-t-il contenir Thorreur qu'il a pour moi? Il se tairait en vam : je sais mes perfidies , Œnone , et ne suis point de ces femmes hardies Qui , goûtant dans le crime une tranquille paix , Ont su se faire un front qui ne rougit jamais ; Je connais mes fureurs , je les rappelle toutes : Il me semble déjà que ces murs , que ces voûtes Vont prendre la parole , et , prêts à m'accuser, Attendent mon époux pour le désabuser.

Mourons : de tant d'horreurs qu'un trépas me délivre. Kst-ce un malheur si grand que de cesser de vivre? La mort aux malheureux ne cause pomt d'effroi -. Je ne crains que le nom que je laisse après moi. Pour mes tristes enfants quel affreux hérlLage! Le sang de Jupiter doit eniler leur courage : Mais , quelque juste orgueil qu'inspire un sang si beau . Le crime d'une mère est un pesant fardeau. Je tremble qu'un discours, hélas! trop véritable Uit jour ne leur reproche une mère coui>able : Je tœinble qu'opprimés de ce poids odieux L'un ni l'autre jamais n'osent lever les yeux.

OCNONE.

Il n'en faut point douter, je les plains l'un et Tautre; Jamais crainte ne l^it plus juste que la vôtre. Mais à de tels atîronts pourquoi les exposer? I^ourquoi contre vous-même allez- vous déiioser? C'en est fait : on dira que Phèdre , trap coupable , De son époux trahi fuit l'aspect redoutable. Ulpiioly te est Iieureux qu'aux dépens de vos jours Vous-même, en expirant, appuyiez ses discours. A votre accusateur que pourrai-je répondre? Je serai devant lui trop facile à confondre : De son triomphe alTreux je le verrai jouir. Et conter votre honte à qui voudra l'ouïr. Ah ! que plutôt du ciel la flamme me dévore ! Mais, ne me tromi)ez point , vous est-il cher encore ? De quel œil voyez- vous ce prince audacieux ?

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