ACTE AU, SCÈNE IV
De vos ordres sanglants vous savez la rigueur.
AMAN, Ù paît.
Ah dieux!
ASsuÉaus.
Ah ! de quel coup me percez-vous le cwiir I Vous la fille d*un Juif! Hé quoi 1 tout ce que j'aime , Cette Ësther, Tinnocence et la sagesse môme , Que je croyais du ciel les plus chères amours. Dans cette source impure aurait puisé ses jours ! Malheureux !
ESTHER
Vous pourrez rcyeter ma prière : Mais Je demande au moins que , pour grâce deruièic , Jusqu'à la fin, seigneur, tous m'entendiez parler, Et que surtout Aman n'ose point me troubler.
ASSUÉHDS.
Parlez.
fiSTttER.
O Dieu , confonds l'audace et l'imposture! Ces Juifs , dont vous voulez délivrer la nature , Que TOUS croyez , seigneur, le rebut des humains , D'une riche contrée autrefois souveraiits , Pendant qu'ils n'adoraient que le Dieu de leurs ^ères Ont TU bénir le cours de leurs destins prospères.
Ce Dieu , maître absolu de la terre et des cieux , N'est point tel que l'erreur le figure à tos yeux. L'Éternel est son nom ; le monde est son ouTrage : U entend les soupirs de l'humble qu'on outrage. Juge tous les mortels aTec d'égales lois , £t da haut de son trône interroge les rois : Des plus fermes États la chute épouTantable, Quand il Teut , n'est qu'un jeu de sa main redoutable. * Les Ju)& à d'autres dieux osèrent s'adresser : Roi , peuples^, en un jour tout se Tit disperser ; Sous les Assyriens leur triste serTitude DeTint le juste prix de leur ingratitude.
Mais , pour punir enfin nos maîtres à leur tour , Dieu fit choix de Cyrus avant qu'il vit le jour , L'appela par son nom, le promit à la terre, Le fit naître, et soudain l'arma de son tonnerre » Driba les fiers remparts et les portes d'airain ,
Ô92 ËSTHER.
Mit des superbes rois la dépouille en sa main , i>e son temple détruit vengea sur eux Tinjure : Uabylone paya nos pleurs avec usure.
Cynis , par lui vainqueur, publia ses bienfaits , Regarda notre peuple avec des yeux de paLx , Nous rendit et nos 1<hs et nos fêtes divines ; Kt le temple déjà sortait de ses mines» Mais , de ce roi si sage héritier insensé , Son fils interrompit Touvrage ooomiencé , Fut sourd à nos douleurs. Dieu rqetà sa race , Le retrancha lui-même , et vous mit en sa place. Que n*e8périons-nous point d'un roi si généreux ! Dieu regarde en pitié son peuple malheuren x , Disions-nous ; un roi règne, aîni de llnnocence. Partout du nouveau prince on vantait la démence. Les Juifs partout de joie ea poussèrent des cris. Ciel ! vcrra-t-on toujours par de cruels esprits Des princes les plus doux ForetUe environnée , £t du bonheur public la source empoisonnée ! Dans le fond de la Thrace un barbare enfanté Est venu dans ces lieux souffler la cruauté : Un ministre ennemi de votre propre gloire...
AMAH.
De votre gloire ! moi ! Ciel ! le peurriez-vous croire? Moi qui n*aid*autre objet ni d'autre dieu...
ASSUÉRUS
Tais-toi.
Oses-tu donc parler sans Tordre de ton roi ?
BSTHER.
Notre ennemi cruel devant vous se déclare.
C'est lui ; c'est ce ministre infidèle et barbare
Quf y d'un zèle trompeur à vos yeux revêtu ,
Contre notre innocence arma votre vertu.
Et quel autre, grand Dieu! qu'un Scythe impitoyable
Aurait de tant d'horreurs dicté l'ordre effroyable?
Partout l'affreux signal &ï même temps donné
De meurtres remplira l'univers étonné :
On verra, sous le nom du phu juste des princes.
Un perfide étranger désoler vos provinces ;
Et dana ce palais même , en proie à son courroux ,
Le sang de vos sujets regorger jus<vi*à vous.