ACTE I, SCÈNK II. f
AuUnt que je le puis j'évite sa présence , De peur qu'en le voyant quelque trouble inUiscrel Ne fasse avec mes plcars échapper mon secret. Surtout j'ai cru devoir aux larmes , aux prières , Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières, (^pendant aujourd'hui puis-jc vous demander Quels amis vous avez prêts à vous seconder.' Abner, le brave Abner viendra-til nous défendre? A-t-il près de son roi fait serment de se rendre ?
JOAD
Abner, quoiqu'on se pût assurer sur sa foi , Ne sait pas même encor si nous avons un roi.
iOSABET.
Mais à qui de Joas confiez-vous la garde.'
Estroe Obed , est-ce Amnon que cet honneur regarde ?
De mon père sur eux les bienfaits répandus...
A l'injuste Athalie ils se sont tous vendus.
JOSABET.
Qui donc opposez- vous contre ses satellites ?
JOAD
Ne vous l'ai-je pas dit? nos prêtres, nos lévites.
JOSABET.
Je sais que , près de vous en secret assemblé ,
Par vos soins prévoyants leur nombre est redoublé ;
Que y pleins d'amour pour vous , d'horreur pour AthaKu ,
Un serment solennel par avance les lie
A ce fils de David qu'on leur doit révéler.
Mais , quelque noble ardeur dont ils puissent brûler,
Peuven^i]s de leur roi venger seuls la querelle?
Pour un si grand ouvrage est-ce assez de leur zèle?
Doutez-vous qu'Athalie, au premier bruit semé
Qu'un fils d'Ochozias est ici renfermé,
De ses fiers étrangers assemblant les cohortes ,
N'environne le temple , et n'en brise les portes?
Snffira-t-il contre eux de vos ministres saints ,
Qui , levant an Seigneur leurs innocentes mains ,.
Ne savent que gémir et prier pour nos crimes.
Et n'ont jamais versé que le sang des victimes ?
Peut-être dans leurs bras Joas percé de coups...
JOAD
Kt comptez- vous pour rien Dieu qui combat pour nous?
6t3 ATHALIE.
Dieu , qui de l'orpheUn protège IMimoeenoe ,
Et fait dans la fafl>les6e édater sa puissauce ;
Dieu , qui luiit les tyrans , et qui dans Jezraël
Jura d'exterminer Achab et Jézabel ;
Dieu , qui , frappant Joram le mari de leur fille ,
A jusque sur son fils poursuivi leur famille;
Dieu , dont le bras yengeur, pour un temps suspendu ,
Sur cette race impie est toujours étendu?
JOSABET.
£t c'est sur tous ces rois sa justice sévère . Que je crains pour le fils de mon malheureux (Vèi'e. Qui sait si cet enfant , par leur crime entraîné , Avec eux en naissant ne fut pas condamné ? Si Dieu j^ le séparant d'une odieuse race, En faveur de David voudra lui fçire grâce ?„ Hélas ! l'état horrible où le ciel me l'offrit Revient à tout moment effrayer mon esprit. De princes égorgés la chambre était remplie : Un poignard à la main , l'implacable Athalie Au carnage animait ses barbares soldats , Lt poursuivait le cours de ses assassinats. Joas , laissé pour mort , trappa soudain ma vue : Je me figure encor sa nourrice éperdue » Qui devant les bourreaux s'était jetée en vain , £t , faible, le tenait renversé sur son sein. Je le pris tout sanglant. En baignant son visage , Mes pleurs du sentiment lui rendirent l'usage. Et , soit frayeur encore, ou pour me caresser. De ses bras innocents je me sentis presser. Grand Dieu , que mon amour ne lui soit point funeste : Du fidèle David c'est le précieux reste : Nourri dans fa maison , en l'amour de ta loi , 11 ne connaît encor d'autre père que toi. Sur le point d'attaquer ui^ reine homicide, A l'aspect du péril si ma foi s'intimide. Si la chair et le sang , se troublant aujourd'hui , Ont trop de part aux pleurs que je répands pour lui , Conserve Phéritier de tes sanites promesses , Et ne punis que moi de toutes mes fMblesses !
JOAD
Vos larmes , Josabet , n'ont rien de criminel : Mais Dieu veut qu'on espère en son soin paternel.