‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 151 sur 305 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Quand il vous donne à moi, n'est-il point votre père? Suivez-vous seulement ses ordres absolus Quand il cesse de l'être et ne vous connaît plus? Enfin c'est trop tarder, ma princesse, et ma crainte...

Iphigénie.

Quoi! Seigneur I vous iriez jusques à la contrainte? D'un coupable transport écoutant la chaleur, Vous pourriez ajouter ce comble à mon malheur? Ma gloire vous serait moins chère que ma vie? Ah! Seigneur! épargnez la triste Iphigénie. Asservie à des lois que j'ai dû respecter, C'est déjà trop pour moi que de vous écouter. Ne portez pas plus loin votre injuste victoire; Ou, par mes propres mains immolée à ma gloire, Je saurais m'affranchir, dans ces extrémités, Du secours dangereux que vous me présentez.

Achille.

Eh bien ! n'en parlons plus. Obéissez, cruelle. Et cherchez une mort qui vous semble si belle. Portez à votre père un cœur où j'entrevois Moins de respect pour lui que de haine pour moi. Une juste fureur s'empare de mon âme.

Vous allez à l'autel, et moi, j'y cours, Madame. Si de sang et de morts le Ciel est affamé, Jamais de plus de sang ses autels n'ont fumé. A mon aveugle amour tout sera légitime : Le prêtre deviendra la première victime ; Le bûcher, par mes mains détruit et renversé, Dans le sang des bourreaux nagera dispersé ; Et si, dans les horreurs de ce désordre extrême. Votre père, frappé, tombe et périt lui-même. Alors, de vos respects voyant les tristes fruits. Reconnaissez les coups que vous aurez conduits.

Iphigénie.

Ah! Seigneur! ah! cruel!... Mais il fuit, il m'échappe 0 toi qui veux ma mort, me voilà seule, frappe ; Termine, juste Ciel, ma vie et mon effroi. Et lance ici des traits qui n'accablent que moi !

CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNIE, .ËGINE, EURYBATE, Gaiides.

Clytemnestre.

Oui, je la défendrai contre toute l'armée. Lâches, vous trahissez votre reine opprimée 1

EURYBATE.

Non, Madame, il suffit que vous me commandiez :

Vous nous verrez combattre et mourir à vos pieds.

Mais de nos faibles mains que pouvez-vous attendre?

Contre tant d'ennemis qui vous pourra défendre?

Ce n'est plus un vam peuple en désordre assemblé ;

C'est d'un zèle fatal tout le camp aveuglé.

Plus de pitié. Calchas seul règne, seul commande ;

La piété sévère exige son offrande.

Le roi de son pouvoir se voit déposséder,

Et lui-même au torrent nous contraint de céder.

Achille, à qui tout cède, Achille à cet orage

Voudrait lui-même en vain opposer son courage.

Que fera-t-il, Madame? et qui peut dissiper

Tous les flots d'ennemis prêts à l'envelopper?

Clytemnestre.

Qu'ils viennent donc sur moi prouver leur zèle impie, Et m'arrachent ce peu qui me reste de vie ! La mort seule, la mort pourra rompre les nœuds Dont mes bras nous vont joindre et lier toutes deux Mon corps sera plutôt séparé de mon âme Que je souffre jamais... Ahl ma fille!

Ahl Madame!

Sous quel astre cruel avez- vous mis au jour Le malheureux objet d'une si tendre amour I Mais que pouvez-vous faire en l'état où nous sommes? Vous avez à combattre et les dieux et les hommes. Contre un peuple en fureur vous exposerez-vous ? N'allez point, dans un camp rebelle à votre époux, Seule à me retenir vainement obstinée.

Par des soldats peut-être indignement traînée,

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