‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 217 sur 305 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Tout le Chœur.

Arrachons, déchirons tous ces vains ornements Qui parent notre tête.

Une [sraélite, seule.

Quel carnage de toutes parts I On égorge à la fois les enfants, les vieillards. Et la sœur, et le frère, Et la fille, et la mère, Le fils dans les bras ' de son père.

Que de corps entassés I que de membres épars, Privés de sépulture !

Grand Dieu ! tes saints sont la pâture Des tigres et des léopards.

Une des plus jeunes Israélites.

Hélas! si jeune encore,

Par quel crime ai-je pu mériter mon malheur ?

Ma vie à peine a commencé d'éclore ;

Je tomberai comme une fieur

Qui n'a vu qu'une aurore.

Hélas I si jeune encore.

Par quel crime ai-je pu mériter mon malheur ?

Une autre.

Des offenses d'autrui malheureuses victimes, Que nous servent, hélas I ces regrets superflus ? Nos pères ont péché, nos pères ne sont plus. Et nous portons la peine de leurs crimes. Tout le Chœur.

Le Dieu que nous servons est le Dieu des combats Non, non, il ne souffrira pas Qu'on égorge ainsi l'innocence.

Une Israélite, seule.

Hé quoi I dirait l'impiété.

Où donc est-il, ce Dieu si redouté Dont Israël nous vantait la puissance !

Une autre.

Ce Dieu jaloux, ce Dieu victorieux,

Frémissez, peuples de la terre ;

1. Nous avons imprimé les bras au lieu de le bras, que donne notre texte de 1697. Ce doit être là une faute, qui d'ailleurs ne se trouve pas dans l'édition originale de 1689.

Ce Dieu jaloux, ce Dieu victorieux Est le seul qui commande aux deux:

Ni les éclairs ni le tonnerre Tf obéissent point à vos dieux.

Une autre.

Il renverse l'audacieux.

Une autre.

Il prend l'humble sous sa défense.

Tout le Chœur. Le Dieu que nous servons est le Dieu des combats : Non, non, il ne souffrira pas Qu'on égorge ainsi l'innocence.

Deux Israélites.

0 Dieu, que la gloire couronne, Dieu, que la lumière environne.

Qui vole sur l'aile des vents, Et dont le trône est porté par les anges I

Deux autres des plus jeunes.

Dieu, qui veux bien que de simples enfants Avec eux chantent tes louanges / Tout le Chœur.

Tu vois nos pressants dangers :

Donne à ton nom la victoire ; Ne souffre point que ta gloire Passe à des dieux étrangers.

Une Israélite, seule.

Arme-toi, viens nous défendre.

Descends tel qu'autrefois la mer te vit descendre.

Que les méchants apprennent aujourd'hui

A craindre ta colère :

Qu'ils soient comme la poudre et la paille légère

Que le vent chasse devant lui.

Tout le Chœur.

Tu vois nos pressants dangers :

Donne à ton nom la victoire ; Ne souffre point que ta gloire Passe à des dieux étrangers.

PIN DU premier acte.

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