A3IAN, HYDASPE
Aman.
Hé quoi ! lorsque le jour ne commence qu'à luire, Dans ce lieu redoutable oses-tu m'introduire ?
Htdaspe.
Vous savez qu'on s'en peut reposer sur ma foi, Que ces portes, Seigneur, n'obéissent qu'à moi. Venez. Partout ailleurs on pourrait nous entendre.
Aman.
Quel est donc le secret que tu me veux apprendre ?
Hydaspe.
Seigneur, de vos bienfaits mille fois honoré, Je me souviens toujours que je vous ai juré D'exposer à vos yeux, par des avis sincères. Tout ce que ce palais renferme de mystères. Le roi d'un noir chagrin parait enveloppé. Quelque songe effrayant cette nuit l'a frappé. Pendant que tout gardait un silence paisible. Sa voix s'est fait entendre avec un cri terrible. J'ai couru. Le désordre était dans ses discours ; Il s'est plaint d'un péril qui menaçait ses jours : Il parlait d'ennemi, de ravisseur farouche ; Même le nom d'Esther est sorti de sa bouche. Il a dans ces horreurs passé toute la nuit. Enfin, las d'appeler un sommeil qui le fuit, Pour écarter de lui ces images funèbres, Il s'est fait apporter ces annales célèbres Où les faits de son règne, avec soin amassés,
28 i ESTHER
Par de fidèles mains chaque jour sont tracés. On y conserve écrits le service et l'offense, Monuments éternels d'amour et de vengeance. Le roi, que j'ai laissé plus calme dans son lit, D'une oreille attentive écoute ce récit.
Aman.
De quel temps de sa vie a-t-il choisi l'histoire ?
Hydaspe.
11 revoit tous ces temps si remplis de sa gloire, Depuis le fameux jour qu'au trône de Cyrus Le choix du sort plaça l'heureux Assuérus.
Amaj}.
Ce songe, Hydaspe, est donc sorti de son idée ?
Hydaspe.
Entre tous les devins fameux dans la Chaldée, Il a fait assembler ceux qui savent le mieux Lire en un songe obscur les volontés des Cieux. Mais quel trouble vous-même aujourd'hui vous agite ? Votre âme en m'écoutant paraît toute interdite : L'heureux Aman a-t-il quelques secrets ennuis ?
Aman.
Peux-tu le demander dans la place où je suis, Haï, craint, envié, souvent plus misérable Que tous les malheureux que mon pouvoir accable ?
Hydaspe.
Hé ! qui jamais du Ciel eut des regards plus doux ? Vous voyez l'univers prosterné devant vous.
Aman.
L'univers? Tous les jours un homme..., un vil esclave, D'un front audacieux me dédaigne et me brave.
Hydaspe.
Quel est cet ennemi de l'Etat et du roi ?
Aman.
Le nom de Mardochée est-il connu de toi ?
Hydaspe. Qui ? ce chef d'une race abominable, impie ?
Aman.
Oui, lui-même.
Hydaspe, Hé ! Seigneur ! d'une si belle vie Un si faible ennemi peut-il troubler la paix ?