‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 53 sur 305 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

XIPHARÈS, ARBATE.

XlPHARÈS.

)n nous faisait, Arbate, un fidèle rapport, lome en effet triomphe, et Mithridate est mort, ies Romains vers l'Euphrate ont attaqué mon père, ît trompé dans la nuit sa prudence ordinaire, iprès un long combat tout son camp dispersé )ans la foule des morts en fuyant l'a laissé, It j'ai su qu'un soldat dans les mains de Pompée ivec son diadème a remis son épée.

linsi ce roi, qui seul a, durant quarante ans, ,assé tout ce que Rome eut de chefs importants, It qui, dans l'Orient balançant la Fortune, 'engeait de tous les rois la querelle commune, leurt, et laisse après lui, pour venger son trépaa, >eux fils infortunés qui ne s'accordent pas.

Arbate.

ous, Seigneur I Quoi I l'ardeur de régner en sa place lend déjà Xipharès ennemi de Pharnace ?

XlPHARÈS.

fon, je ne prétends point, cher Arbate, à ce prix )'un malheureux empire acheter le débris.

Je sais en lui des ans respecter l'avantage ; Et, content dcîs Etats marqués pour mon partage Je verrai sans regret tomber entre ses mains Tout ce que lui promet l'amitié des Romains.

Arbate.

L'amitié des Romains ? Le fils de Mithridate, Seigneur ? Est-il bien vrai ?

XlPHARÈS.

N'en doute point, Arbate.

Pharnace, dès longtemps tout Romain dans le cœur, Attend tout maintenant de Rome et du vainqueur. Et moi, plus que jamais à mon père fidèle, Je conserve aux Romains une haine immortelle. Cependant et ma haine et ses prétentions Sont les moindres sujets de nos divisions.

Arbate.

Et quel autre intérêt contre lui vous anime ?

XlPHARÈS.

Je m'en vais t'étonner. Cette belle Monime Qui du roi notre père attira tous les vœux, Dont Pharnace après lui se déclare amoureux...

Arbate.

Eh bien, Seigneur ?

XlPHARÈS.

Je l'aime, et ne veux plus m'en tairO) Puisqu'enfin pour rival je n'ai plus que mon frère. Tu ne t'attendais pas sans doute à ce discours. Mais ce n'est point, Arbate, un secret de deux jours. Cet amour s'est longtemps accru dans le silence. Que n'en puis-je à tes yeux marquer la violence, Et mes premiers soupirs et mes derniers ennuis 1 Mais, en l'état funeste oîi nous sommes réduits, Ce n'est guère le temps d'occuper ma mémoire A rappeler le cours d'une amoureuse histoire. Qu'il te suffise donc, pour me justifier, Que je vis, que j'aimai la reine le premier ; Que mon père ignorait jusqu'au nom de Monime, Quand je conçus pour elle un amour légitime. Il la vit. Mais, au lieu d'offrir à ses beautés Un hymen et des vœux dignes d'être écoutés. Il crut que, sans prétendre une plus haute gloire,

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