‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 169 sur 192 · SCENE I X · texte numérisé non relu

SCENE I X

CASSIUSCASCA, C I N NA.

CI N N A , qui vous hâte à ce point ?

Cinna.

Je vous cherchais. Cimber ferait-il avec vous ?

Non , c’eft Cafca; je peux répondre de fon zèle: C’eft un des conjurés.

C INNA.

J’en rends grâces au ciel.

Mais quelle horrible nuit ! Des vifions étranges De quelques-uns de nous ont glacé les efprits,

M’attendiez-vous ?

Cinna.

Sans-doute avec impatience.

Ah ! fi le grand Brutus était gagné par vous !

Il le fera, Cinna. Va porter ce papier (4)

(p) Prefque toute cette fcène me paraît pleine de grandeur , de force & de beautés vraies.

(q) Un papier du tems de Céfar n'ef pas trop dans le cofiu* m ; mais il n’y faut pas regarder de i près ; il faut fonger que Shakifpîare n’avait point eu d'éducation , qu’il devait tout à

fon feul génie.

Sur la chaire où fe fied le préteur de la ville 3

Et jette adroitement cet autre à fa fenêtre :

Mets cet autre papier aux pieds de la ftatue

De l’antique Brutus qui fut punir les Rois.

Tu te rendras après au porche de Pompée.

Avons-nous Décius avec Trébonius ?

Tous , excepté Cimber, au porche vous attendent;

Et Cimber eft allé chez vous pour vous parler.

Je cours exécuter vos ordres respectables.

Allons, Cafca , je veux parler avant l’aurore

Au généreux Brutus : les trois quarts de lui-même

Sont déjà dans nos mains , nous l'aurons tout en-

tier,

Et deux mots fuffiront pour fubjuguer fon ame.

Il nous eft néceffaire , il eft aimé dans Rome ; Et ce qui dans nos mains peut paraître un forfait s Quand il nous aidera , paffera pour vertu.

Son crédit dans l’Etat eft la riche alchimie . Qui peut changer ainfi les efpèces des chofes,

J’attends tout de Brutus , & tout de {on mérite. Allons, il eft minuit; & devant qu'il foit jour il faudra réveiller , & s’affurer de lui»

fin du premier A&e,

sap.

Page 1