acte SECOND. 39t Brutus , mon cher Brutus, ah ! ne me cache rien
Je me porte allez mal; c’eft-là tout mon fecret.
Brutus eft homme fage, & s’il fe portait mal, il prendrait les moyens d’avoir de la fauté.
Auf fais-je... ma femme, allez vous mettre au lit*
Quoi, vous êtes malade , & pour vous restaurer , À l’air humide & froid vous marchez prefquenu! Et vous fortez du lit pour amaffer un rhume!
Penfez-vous vous guérir en étant plus malade ? Non, Brutus: votre esprit roule de grands projets; Et moi par ma vertu, par les droits d’une époufe, Je dois en être inftruite, & je vous en conjure. Je tombe à vos genoux, — Si jadis ma beauté Vous fit- fentir l’amour , & fi notre hyménée M’incorpore avec vous,fait un être des deux, Dites-moi ce fecret, à moi votre moitié , A moi qui vis pour vous, à moi qui fuis vous-même. Eh bien, vous foupirez ! parlez ; quels inconnus Sont venus vous chercher, en voilant leurs vifages ? Se cacher dans la nuit 1 pourquoi? quelles raifons? Que voulaient-ils?
Brutus.
Hélas ! Porcia, levez-vous.
Si vous étiez encor le bon, l’humain Brutus,
R iv
Je n’aurais pas befoin de me mettre à vos pieds.
Parlez ; dans mon contrat eft-il donc ftipulé
Que je ne faurai rien des fecrets d’un mari ?
N'êtes-vous donc à moi, Brutus, qu’avec réferve ?
Et moi ne fuis-je à vous que comme une com-
pagne ,
Soit au lit, foit à table, ou dans vos entretiens. Vivant dans les faubourgs de votre volonté?
SM ef ainfi, Porcie ei votre concubine (n).
Et non pas votre femme.
Brutus.
Ah ! vous êtes ma femme :
Femme tendre , honorable, & plus chère à mon
cœur Que les gouttes de fang dont il efl animé.
S’il ef ainfi, pourquoi me cacher vos fecrets ? Je fuis femme, il eft vrai, mais femme de Brutus 3 Mais fille de Caton : pourriez-vous bien douter Que je fois élevée au-deffus de mon fexe , Voyant qui m’a fait-naître, & qui j’ai pour époux ? (o)
(72) Il y a dans l’original , whore , pntain.
(0) Corneille dit la même chofe dans Pompée. Céfrr parle ain à Cornélie :
Certes , vos fentimens font affez reconnaître ,
Qui vous donna la main, & qui vous donna l’être ;
Et l’on juge aifément , au cœur que vous portez ,
Où vous êtes entrée, & de qui vous fortez , &c. Il eft vrai qu’un vers fuffifait , que cette noble penfée perd de fon prix en étant répétée , retournée ; mais il eft beau que Shakejplare & Corneille aient eu la même idée. Confiez-vous à moi, foyez fûr du fecret.
J’ai déjà fur moi-même eflayé ma confiance; J’ai percé d'un poignard ma cuiffe en cet endroit ; J’ai fouffert fans me plaindre, & ne faurai me taire ?
Dieux! qu‘entens-je ? grands Dieux , rendez moi digne
d’elle.
Ecoute ; écoute ; on frappe, on frappe ; écarte-toi. Bientôt tous mes fecrets dans mon cœur enfermés Pafferont dans le tien. Tu auras tout, Porcie ; Va, mesfourcils froncés prennent un air plus doux. —=== = =================