SCÈNE VIII
Le théâtre repréfente une rue du Capitole. Un Devin nommé
ARTEMIDORE arrive en lifant un papier dans le fond
du théâtre.
ARTEMIDORE lifant:
« C E s a R , garde-toi de Brutus ; prends garde à » Caflius ; ne laiffe point Cafca t’approcher ; obferve 5? bien Cinna ; défie-toi de Trébonius ; examine bien » Cimber, Décius ; Brutus ne t'aime point ; tu as » outragé Ligarius : tous ces gens-là font animés du » même efprit, ils font aigris contre Céfar. Si ‘ tu » n’es pas immortel, prends garde à toi. La fécurité » enhardit la confpiration. Que les Dieux tout-puil- » fans te défendent ! Ton fidèle Art^midore.
(j) Toujours la plus grande fidélité dans la traduction.
A C T E S E C O N D. 403 Prenons mon pofte ici. Quand Céfar paffera, Préfentons cet écrit ainfi qu’une requête.
Je fuis outré de voir que toujours la vertu Soit expofée aux dents de la cruelle envie.
Si Céfar lit cela, fes jours fontconfervés , Sinon, la deftinée eft du parti des traîtres.
(il fort & fe met dans un coin.}
( Porcia arrive avec Lucius.}
P O R C 1 A à Lucius.
Garçon, cours au fenat, ne me réponds point;
vole.
Quoi ! tu n’es pas parti ?
Lucius.
Donnez-moi donc vos ordres.
Je voudrais que déjà tu fuffes de retour.
Avant de t’avoir dit ce que tu dois y faire.
O conftance 1 ô courage ! animez mes efprits , Séparez par u n roc mon cœur d’avec ma langue. Je ne fuis qu’un e femme, & penfe comme un hom
( à Lucius. ) me.
Quoi tu reftes ici?
Lucius.
Je ne vous comprends pas :
Que j’aille au Capitole, & puis que je revienne.
Sans me dire pourquoi , ni ce que vous voulez !
Garçon .. tu me diras... comment Brutus fe porte ;
II eft forti malade... attends... obferve bien —
Tout ce que Céfar fait, quels courtifans l’entou-
rent. —
Relie un moment, garçon. Quel bruit, quels cris
j‘ en tends 1
Je n’entends rien, Madame.
Ouvre l'oreille, écoute :
J’entends des voix, des cris, un bruit de combattans.
Que le vent porte ici du haut du Capitole.
Lucius.
Madame, en vérité, je n’entends rien du tout.
( Artemidore entre. )