LA VERTU
S V iv A ns de la Vertu.
( Le théâtre repré fente la falle de T Opéra. ) LA V OLUPTÉ fur fon trône , entourée des Plaifirs 6 J des
Amours.
La Volupté* Sur les bords fortunés embellis par la Seine,
Je règne dès long-tems.
Je préfide aux concerts charmans
Que donne Melpomène.
Amours , Plaifirs , Jeux féducteurs , Que le loifir fit-naître au fein de la mollefe ,
Répandez vos douces erreurs*,
Verfez dans tous les cœurs
Votre charmante ivreffe;
Régnez , répandez mes faveurs.
CHOEURà parodier.
Répandons, &c.
La Volupté.
Venez, mortels , accourez à mes jeux; Regardez , imitez les enfans de la Gloire :
Ils m’ont tous cédé la victoire.
Mars les rendit cruels, & je les rends heureux. ( entrée de Héros armés & tenant dans leurs mains des guirlandes
de fleurs.
B A C C H U S à Hercule.
Nous femmes les enfans du maître du tonnerre;
Ajiij
Notre nom, jadis redouté ,
Ne périra point fur la terre;
Mais parlons avec liberté :
Parmi tant de lauriers qi i ceignent votre tête,
Dites-moi quelle eft la conquête Dont le grand cœur d’Alcide était le plus flatté ?
Hercule.
Ah! ne me parlez plus de mes travaux pénibles,
Ni des cieux que j’ai foutenus :
En ces lieux je ne connais plus Que la charmante lole & les Plaifirs paifibles.
Mais vous-, Bacchus, dont la valeur Fit du fang des humains rougir la terre & l’onde,
Quelplaifir, quel barbare honneur
Trouviez-vous à troubler le monde ?
Bacchus.
Ariane m'ôte à jamais
Le fouvenir de mes brillans forfaits ;
Et par mes préfens fecou rables Je ravis la raifon aux mortels miférables Pour leur faire - oublier tous les maux que j'ai faits.
( enfembU. )
Volupté, reçois nos hommages;
Enchante dans ces lieux
Les Héros , les Dieux & les Sages :
Sans tes plaifirs, fans te s doux avantages ,
Eft-il des Sages & des Dieux !
Un Amour.
Jupiter n’eft point heureux
Par les coups de fon tonnerre.
Amour, il doit à tes feux
Ces momens fi précieux
Qu’il vient goûter fur la terre.
Le Dieu qui préside au jour
Et qui ranime le monde,
Ferait-il fon va fie tour
S’il n’allait trouver l’Amour
Qui l’attend au fein de l’onde ?
Ici tous les Conquérans
Bornent leur grandeur à plaire :
Les Sages font des amans ;
ils cachent leurs cheveux blancs
Sous les myrthes de Cythère.
Mortels , fuivez les Amours ;
Toute fageffe ef folie.
Profitez de vos beaux jours :
Les Dieux aimeront toujours ;
Soyez Dieux dans votre vie.
La Volupté.
Ah! quelle éclatante lumière Fait-pâlir les clartés du beau jour qui nous luit ?
Quelle ef cette Nymphe févère
Qu e la Sageffe conduit ?
C H OE u R.
Fuyons la Vertu cruelle:
Les Plaifirs font bannis par elle.
La Vertu.
Mère des Plaifirs & des Jeux, Nécefaire aux mortels , & fouvent trop fatale,
Non , je ne fuis point ta rivale :
Je viens m’unir à toi pour mieux régner fur eux. Sans moi, de tes plaifirs l’erreur eft pafagère ;
Sans toi Tonne m’écoute pas:
Il faut que mon flambeau t'éclaire.
A iv s PROLOGUE.
Maïs j’ai befoin de tes appas ;
Je veux inftruire & je dois plaire.
Viens de ta main charmante orner la vérité.
Difparaiffez , Guerriers , confacrés par la fable :
Un Alcide véritable Va paraître en ce lieu, comme vous enchanté.
Chantons fa gloire & fa faibleffe , Et voyons ce héros par l’amour abattu
Adorer encor la Vertu
Entre les bras de la Molleffe.
C H OE u R des Suivans de la Vertu»
Chantons, célébrons en ce jour
Les dangers cruels de l’amour.
Fin du Prologue»