‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 2 sur 192 · LA VERTU · texte numérisé non relu

LA VERTU

S V iv A ns de la Vertu.

( Le théâtre repré fente la falle de T Opéra. ) LA V OLUPTÉ fur fon trône , entourée des Plaifirs 6 J des

Amours.

La Volupté* Sur les bords fortunés embellis par la Seine,

Je règne dès long-tems.

Je préfide aux concerts charmans

Que donne Melpomène.

Amours , Plaifirs , Jeux féducteurs , Que le loifir fit-naître au fein de la mollefe ,

Répandez vos douces erreurs*,

Verfez dans tous les cœurs

Votre charmante ivreffe;

Régnez , répandez mes faveurs.

CHOEURà parodier.

Répandons, &c.

La Volupté.

Venez, mortels , accourez à mes jeux; Regardez , imitez les enfans de la Gloire :

Ils m’ont tous cédé la victoire.

Mars les rendit cruels, & je les rends heureux. ( entrée de Héros armés & tenant dans leurs mains des guirlandes

de fleurs.

B A C C H U S à Hercule.

Nous femmes les enfans du maître du tonnerre;

Ajiij

Notre nom, jadis redouté ,

Ne périra point fur la terre;

Mais parlons avec liberté :

Parmi tant de lauriers qi i ceignent votre tête,

Dites-moi quelle eft la conquête Dont le grand cœur d’Alcide était le plus flatté ?

Hercule.

Ah! ne me parlez plus de mes travaux pénibles,

Ni des cieux que j’ai foutenus :

En ces lieux je ne connais plus Que la charmante lole & les Plaifirs paifibles.

Mais vous-, Bacchus, dont la valeur Fit du fang des humains rougir la terre & l’onde,

Quelplaifir, quel barbare honneur

Trouviez-vous à troubler le monde ?

Bacchus.

Ariane m'ôte à jamais

Le fouvenir de mes brillans forfaits ;

Et par mes préfens fecou rables Je ravis la raifon aux mortels miférables Pour leur faire - oublier tous les maux que j'ai faits.

( enfembU. )

Volupté, reçois nos hommages;

Enchante dans ces lieux

Les Héros , les Dieux & les Sages :

Sans tes plaifirs, fans te s doux avantages ,

Eft-il des Sages & des Dieux !

Un Amour.

Jupiter n’eft point heureux

Par les coups de fon tonnerre.

Amour, il doit à tes feux

Ces momens fi précieux

Qu’il vient goûter fur la terre.

Le Dieu qui préside au jour

Et qui ranime le monde,

Ferait-il fon va fie tour

S’il n’allait trouver l’Amour

Qui l’attend au fein de l’onde ?

Ici tous les Conquérans

Bornent leur grandeur à plaire :

Les Sages font des amans ;

ils cachent leurs cheveux blancs

Sous les myrthes de Cythère.

Mortels , fuivez les Amours ;

Toute fageffe ef folie.

Profitez de vos beaux jours :

Les Dieux aimeront toujours ;

Soyez Dieux dans votre vie.

La Volupté.

Ah! quelle éclatante lumière Fait-pâlir les clartés du beau jour qui nous luit ?

Quelle ef cette Nymphe févère

Qu e la Sageffe conduit ?

C H OE u R.

Fuyons la Vertu cruelle:

Les Plaifirs font bannis par elle.

La Vertu.

Mère des Plaifirs & des Jeux, Nécefaire aux mortels , & fouvent trop fatale,

Non , je ne fuis point ta rivale :

Je viens m’unir à toi pour mieux régner fur eux. Sans moi, de tes plaifirs l’erreur eft pafagère ;

Sans toi Tonne m’écoute pas:

Il faut que mon flambeau t'éclaire.

A iv s PROLOGUE.

Maïs j’ai befoin de tes appas ;

Je veux inftruire & je dois plaire.

Viens de ta main charmante orner la vérité.

Difparaiffez , Guerriers , confacrés par la fable :

Un Alcide véritable Va paraître en ce lieu, comme vous enchanté.

Chantons fa gloire & fa faibleffe , Et voyons ce héros par l’amour abattu

Adorer encor la Vertu

Entre les bras de la Molleffe.

C H OE u R des Suivans de la Vertu»

Chantons, célébrons en ce jour

Les dangers cruels de l’amour.

Fin du Prologue»

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